Asile et immigration

La loi « Asile et immigration » qui vient d’être votée pour règlementer l’accueil des immigrés est objectivement une loi dure, et elle met beaucoup de personnes et d’organisations qui s’occupent d’accueil sans parti pris et sans idéologie très mal à l’aise.

Pour nous chrétiens, la meilleure manière d’en juger n’est pas de faire des comparaisons qui sont toujours « approximatives » avec ce qui était avant, mais de la mettre en regard des impératifs évangéliques. Quelle que soit la législation en vigueur, nous ne sommes pas dispensés d’un certain nombre d’efforts de respect et d’accueil concernant les immigrés, demandeurs d’asile ou autres.

Défendre la dignité humaine

Le premier défi pour nous, c’est de défendre envers et contre tout leur dignité humaine. Le pape Jean-Paul II ne disait-il pas en parlant d’étrangers en situation de séjour irrégulier : « La situation d’irrégularité légale n’autorise pas à négliger la dignité du migrant qui possède des droits inaliénables qui ne peuvent être ni violés, ni ignorés » (Message pour la journée mondiale de la migration).

Ce ne sont pas les limites imposées par la loi qui doivent donner la réponse à la question : « Qu’as-tu fait de ton frère ? », mais notre devoir de solidarité. Ceci bien sûr dans le contexte où nous vivons.

Pour le chrétien, l’accueil du migrant est une conséquence de sa foi, au point de devenir un devoir d’autant plus impérieux quand il s’agit d’un migrant menacé dans sa vie par la guerre et la répression sous toutes ses formes. Le sens de l’hospitalité n’est pas un ornement pour « belles âmes », c’est l’identité même du chrétien dans sa relation à l’étranger qui frappe à sa porte, quel qu’il soit. Ceci ne met pas en question le droit des états de réguler les flux migratoires pour éviter de déstabiliser la société qui doit les accueillir, mais déjà faut-il que ces immigrés soient considérés comme des personnes à accueillir et à intégrer dans la mesure du possible, les limites du possible n’étant pas restreintes par une approche minimaliste de celui-ci. C’est dans toute l’extension du champ du possible que doivent se décliner les verbes que le pape François déclinait comme le cadre d’un accueil souhaitable et à rendre possible : accueillir, protéger, promouvoir, intégrer.

Au service de la justice, de la paix, de l’avenir

Vaste programme qui n’est pas dispensé d’être respectueux de la loi. La loi n’est pas faite pour être au service des peurs qui habitent beaucoup de consciences, peur de l’étranger, peur de l’insécurité, peur des incertitudes sociales et économiques, etc. En l’occurrence, la loi doit être un outil de croissance, de bien-être, de justice, de paix, d’avenir, non de fermeture et de repli, un outil de construction d’un lien social et non de rejet et d’exclusion. Ceci demande certes une vision réfléchie et clairvoyante de la société et de ses possibilités, mais appelle aussi à reconnaître et à promouvoir les dynamismes de ceux qui frappent à notre porte, valeur ajoutée pour une société de progrès et de fraternité.

Il ne s’agit pas d’être laxiste. L’Evangile n’est pas le laisser-faire. Il appelle à être juste. Or être juste, c’est savoir ne pas seulement chercher ce que nous avons à perdre dans l’accueil du migrant, mais regarder ce qu’il a à gagner et ce que nous avons à gagner avec lui. Sans doute la loi n’est-elle pas chargée de produire de l’éthique, mais il est bon qu’elle soit dans son application le reflet d’une éthique, pour nous chrétiens évangélique.

 

+ Marc Stenger

Evêque de Troyes

 

 

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