Voici le texte de la conférence du P. Andrés, invité surprise du café-dialogue du 13 octobre, organisé par le CDF au Café Expression libre.  La “causerie” a été suivie par un échange avec la salle.

 

Pour commencer, il faut dire que l’amour est l’axe de notre vie.

Il avait raison saint Augustin quand il a dit « Aime et fais ce que tu veux »

Texte d’inspiration : L’art d’aimer d’Erich Fromm

Voyons l’amour comme un art : l’art d’aimer.

Penser l’amour comme un art

Il s’agit de penser l’amour comme un art qui s’apprend avec beaucoup d’application et d’effort. Les humains, nous sommes substantiellement des êtres d’amour, parce que nous avons été créés dans l’amour, par amour et pour l’amour.

C’est pourquoi il est important de laisser jaillir cette essence en nous, qui est l’amour. Mais, au-delà de cela, je considère que l’amour c’est tout à fait un art qui exige un apprentissage constant, du dévouement, de l’effort. Je crois que l’amour c’est un moteur et bien plus le pouvoir de l’âme.

Lorsqu’on baptise un enfant, on utilise une huile bénie qui s’appelle l’huile Sainte et avec elle nous oignons la poitrine ; cela signifie la force puis nous prions pour que cet enfant, guidé par l’exemple des parents, parrains, marraines, sache que sa plus grande force c’est l’amour.

Habituellement, nous faisons usage d’autres forces : physique, intellectuelle ou de la violence. Mais je voudrais affirmer que nous avons tous la force de l’amour et c’est la plus grande force que nous, les êtres humains, nous pouvons avoir.

Avec celle-là, nous sommes capables de bâtir à nouveau des cathédrales et de stopper toute forme de guerre. Avec la force de l’amour sont édifiés villes, nations, empires et sont désarmés les cœurs superbes de ceux qui utilisent la violence comme solution.

N’oubliez pas que vous êtes des êtres d’amour et que la plus grande force que vous avez pour conquérir ce que vous voulez, c’est l’amour et rien que l’amour.

Nous pouvons faire une différence entre l’amour enfantin et l’amour mature.

Comment cela fonctionne-t-il ?

Enfantin : « Je t’aime si tu m’aimes ».
Mature : « J’aime même si tu ne m’aimes pas ».

Enfantin : Je t’aime parce que j’ai besoin de toi ».
Mature : « Même si je n’ai pas besoin de toi, je t’aime ».

Ainsi, nous décidons de travailler l’amour afin qu’il grandisse et trouve sa perfection en nous.

Au moment d’aimer, quand on est immature, on est toujours en attente d’être aimé. Celui qui espère être aimé vit encore d’un amour puéril, fragile, pauvre. Cependant, lorsque l’amour commence à mûrir, comme résultat d’un travail intérieur, on se rend compte qu’on n’espère plus être aimé, mais que l’on décide d’aimer.

Enfantin : un amour de besoin, qui espère, qui réclame.
Mature : sans besoin, qui n’attend rien, mais qui prend l’initiative d’aimer en premier.

L’amour universel

Un amour pour tous (fraternel). Dans un livre qui s’appelle Una vida con propósito, l’un de ses objectifs est de nous apprendre à mieux comprendre que notre famille, c’est la communauté humaine. L’une des plus belles réussites de Jésus, c’est qu’il a été capable de transformer l’idée du prochain. Chez les juifs, dans la culture hébraïque, « Le prochain » est celui qui est proche. Tandis que pour Jésus c’est tout être humain, pas seulement celui qui est à mes côtés. Lorsqu’on comprend cela, l’amour devient universel quand il y a dans le cœur une place pour l’étranger, le pauvre, la veuve, l’orphelin, le pécheur.

Quand nous avons un amour exclusif, c’est parce que nous portons un regard superficiel. En revanche, quand nous avons un regard universel nous pouvons regarder plus profondément.

Exemple :

Amour exclusif : j’aime les gens par rapport aux apparences, les étiquettes. J’aime que les membres de la famille, ceux qui croient à la même chose que moi, ceux qui pensent comme moi, ceux qui habitent mon quartier… C’est un amour exclusif parce que notre regard s’arrête là.

Amour universel, en revanche : un amour profond parce que notre lecture va plus loin que les apparences, parce que nous découvrons, même si l’autre est un étranger, qu’il est un être humain. Même si l’autre professe une autre religion, c’est un être humain. Même si l’autre a une orientation sexuelle différente de la mienne, c’est un être humain. Cet amour regarde en profondeur ce qui constitue la personne et ce qu’elle possède à l’intérieur.

Voilà la conviction qui doit nous faire bouger… L’autre est un être humain.

L’amour commence lorsqu’on ressent que les besoins de l’autre sont plus importants que les nôtres. 

Quand on croit que nos besoins doivent être devant les autres, on se permet de passer au-dessus d’eux.

Exemple :

Quand on fait la queue et qu’on prétend passer en premier, quand on ne pense qu’à soi, quand on se met en colère facilement…. Ce sont des signes que nous sommes repliés sur nous-mêmes.

L’amour commence quand nous sommes capables d’intégrer que ce qui nous arrive est peut-être moins grave  que la situation de l’autre.

Amour Éros. Amour d’attraction. (Couples)

Quand on reçoit les personnes, on entend souvent la question : « Est-il authentique l’amour qui se manifeste à travers l’érotisme ? »

Ma réponse est toujours positive, il existe, il est possible et il est nécessaire l’amour érotique, mais il n’est authentique que s’il est véhiculé par l’engagement. Si l’amour Éros est mené uniquement par le désir, le plaisir et les pulsions, alors il devient fugace et limité, c’est-à-dire qu’il reste sur les sensations.

Je rappelle que l’attraction et l’attachement sexuels passent. Or, quand il y a amour et quand la sensation est accompagnée d’une décision, alors celui-ci ne finit pas, mais il est transformé.

On nous a appris « Tu adoreras Dieu seul et tu l’aimeras plus que tout ». En espagnol, c’est encore plus fort : « Tu aimeras Dieu sur toute chose. »

 

Moi j’oserais dire, aujourd’hui, sans la moindre intention de modifier le commandement… « Aimer Dieu en toute chose », afin que nous comprenions que Dieu ne se bat pas avec les choses ou avec les autres personnes. Nous, les humains, nous disons : moi en premier… Dieu, lui,  n’est pas comme ça.

Le grand changement, c’est que nous arrivions à découvrir que Dieu nous aime en toute chose. À travers toute chose, nous rencontrons l’amour.

Ainsi, si j’ai quelqu’un à mes côtés : cette personne me parle d’amour. Si j’ai un endroit où me reposer : alors cette maison me parle d’amour. En gros, ça veut dire que derrière la chose se trouve l’amour. Derrière toute chose, toute situation, toute personne se cache l’amour.

Seigneur, je t’aime en tout et à travers tout.

Tu aimeras ton prochain comme toi-même. 

L’égoïsme et l’amour propre sont loin d’être identiques.

Une fois qu’on s’aime soi-même, on peut aimer les autres.

Si l’on ne s’aime pas, comment prétendons-nous aimer les autres ?

Être amoureux de nous-mêmes, être en colère avec nous-mêmes, être en paix avec nous-mêmes.

LIBERTÉ

Miguel Ruiz. Los cuatro acuerdos.

Le chemin tolteca vers la liberté

On parle tous de liberté. Différentes personnes, groupes et pays luttent pour la liberté dans le monde entier, mais qu’est-ce que c’est la liberté ? Nous disons souvent que nous vivons dans un pays « libre ». La devise de la République française la proclame ouvertement : « liberté, égalité, fraternité », mais sommes-nous libres pour être vraiment ce que nous sommes ?

La vraie liberté est liée à l’esprit humain : c’est la liberté d’être réellement nous-mêmes.

Qui nous empêche d’être libres ? Nous accusons le gouvernement, le climat, nos parents, la religion, Dieu… Mais enfin, qui nous empêche d’être vraiment libres ? Eh bien ! nous-mêmes.

Nous avons des souvenirs des temps passés quand nous étions libres et en profitions… mais hélas, nous avons complètement oublié ce qui signifie la liberté.

Quand on regarde un enfant de deux ou trois ans, on découvre qu’il s’agit d’un être humain complètement libre. Pourquoi ? Parce qu’il fait ce qu’il a envie de faire. L’être humain est complètement sauvage, égal à une fleur, à un arbre ou à un animal qui n’a pas été domestiqué. Sauvage ! L’on observe ces êtres humains de deux ans qui n’ont pas peur de jouer, n’ont pas peur lorsqu’ils se font mal, réclament quand ils ont faim et quand leurs besoins ne sont pas complètement satisfaits. Mais ne sont pas inquiets par leur passé, ne sont pas inquiets pour l’avenir ; ils vivent uniquement le moment présent.

Ils sont très petits les enfants, ils n’ont pas peur d’exprimer ce qu’ils ressentent. Ils sont tellement affectueux que s’ils aperçoivent l’amour, alors ils se fondent en lui. Ils n’ont pas peur de l’amour… Voilà la description d’un être humain normal. Quand nous sommes enfants, nous n’avons pas peur de l’avenir et nous n’avons pas honte du passé. Notre tendance naturelle, c’est de profiter de la vie : jouer, explorer, être heureux et aimer.

Qu’est-ce qui s’est passé avec l’être humain adulte ? Pourquoi sommes-nous si différents ? Pourquoi ne sommes-nous plus « sauvages  »? Il y a eu un moment où nous avons perdu la capacité d’être celui, celle que nous sommes et notre pensée a été programmée pour répondre à des schémas préétablis.

Cette chaîne d’apprentissage qui se transmet d’un être humain à l’autre, de génération en génération est très connue dans la société humaine. Il ne faut pas culpabiliser nos parents de nous avoir appris à être comme eux. Que pouvaient-ils nous apprendre si eux ne le savaient pas ? Ce n’est pas leur faute, ils ont fait pour le mieux ; ils ont agi en accord avec leur propre éducation. Ne culpabilisons plus les autres. C’est le moment de mettre un point final. Mais c’est le moment de te libérer et de changer tes propres accords. Notre vrai ego, c’est toujours un petit enfant qui n’a jamais grandi. Parfois, quand on s’amuse, ou quand on joue, quand on se sent tellement heureux, quand nous faisons de la peinture, ou lorsque nous écrivons une poésie ou jouons au piano, ce petit enfant réapparaît et ce sont les moments les plus joyeux de la vie : lorsque surgit l’être que nous sommes, quand le passé n’importe plus, quand on ne s’inquiète pas pour l’avenir, alors nous sommes comme des enfants, alors nous sommes libres.

La liberté que nous cherchons est celle d’être nous-mêmes, celle de nous exprimer tel que nous nous sommes. Or, si nous observons notre vie, nous verrons qu’au lieu de vivre pour faire plaisir à nous-mêmes, la plupart du temps, nous faisons tout pour faire plaisir aux autres, afin de nous sentir acceptés. C’est ça qui est arrivé à notre liberté.

Dans notre société comme dans toutes les sociétés du monde, pour chaque millier de personnes, 999 d’entre elles sont complètement domestiquées. Le pire, c’est que la plupart des gens ne se rendent pas compte qu’ils ne sont pas libres. Il y a pourtant quelque chose qui le murmure à l’intérieur de nous, mais nous ne le comprenons pas.

Le premier pas vers la liberté personnelle consiste à être conscient que nous ne sommes pas libres. Le premier pas, c’est toujours la conscience. Sans elle, nous ne pourrons faire aucun changement.

Le maître des toltecas invite à la maitrise  de la conscience. La première étape est d’être conscient de « qui nous sommes », avec toutes nos possibilités. La deuxième est l’ étape  de la transformation : comment changer, et tenter  cette transformation selon les toltecas. C’est cette démarche  qui permet de réaliser ce qui était un désir.

La liberté consiste alors à vivre notre propre vie, non pas attaché au système des croyances, mais  à agir au nom de l’amour.

 

Trois textes qui nous parlent de ce qu’est la liberté :

Galates 5,1 

« C’est pour que nous soyons libres que le Christ nous a libérés. Alors, tenez bon, ne vous mettez pas de nouveau sous le joug de l’esclavage ».

Combien de cœurs sont blessés parce qu’ils sont prisonniers enchaînés… ?

Lettre de Paul à Philémon

Paul est en prison, c’est un visiteur inattendu qui vient un jour le trouver dans sa prison : Onésime, un esclave de Philémon, car il avait des esclaves. Onésime s’est enfui de chez son maître et a pris certainement un peu d’argent, aggravant la situation. En fuite, il se demande où trouver refuge… Il avait certainement entendu parler de Paul lorsque son maître s’est fait chrétien. Il cherche et il trouve Paul en prison… Il commence par lui raconter son histoire, ses malheurs d’esclave et ils se lient d’amitié.

Paul à son tour lui parle, et de Jésus et voilà qu’Onésime découvre peu à peu qu’il y a une libération bien plus grande et plus profonde que celle qu’il a accomplie en quittant la maison de son maître. Il se fait baptiser et quelques jours plus tard, il prend la décision de retourner chez son maître. Ce qui est merveilleux, c’est que Paul lui fournit une lettre adressée à Philémon en lui disant : « Reçois-le non pas comme un esclave, mais comme un fils ».

Luc 15

La Parabole du père miséricordieux  que nous connaissons le plus souvent comme la Parabole de l’Enfant Prodigue

 

Conclusion

Je ne dirais pas seulement  que l’amour est compatible avec la liberté. Mais  que l’amour sans liberté ce n’est plus l’amour, c’est la possession.

Quand on aime, on libère l’autre, et on vit avec lui (elle) une expérience de libération. Offrir la possibilité que l’autre soit vraiment lui tout en étant moi-même.

Aimer en liberté, c’est souhaiter à l’autre d’être heureux et lui offrir la possibilité de toucher l’amour.

Aimer sans dépendance, aimer sans besoin. Cultiver le terrain de la liberté afin qu’un jour, si l’autre décide de continuer son chemin sans moi, il puisse continuer à croire en la liberté et que  je puisse continuer à croire en l’amour.

P. Andrés Camilo