“Si un membre souffre, tous les membres souffrent avec lui” (1 Co 12, 26)

 

Chers frères prêtres et diacres

Chers frères et sœurs consacrés

Chers frères chrétiens

 

Suite à la lettre du Pape François au Peuple de Dieu, je voudrais m’adresser à vous.

Les récentes révélations d’abus commis sur des mineurs par des prêtres ou un évêque viennent jour après jour assombrir nos esprits, alourdir nos cœurs, accroître les réticences envers l’Eglise, ébranler la foi de certains. Nous ne transposons pas tels quels chez nous ces évènements dont beaucoup se sont produits ailleurs. Mais nous savons que de tels abus ont été également commis en France.

Et pour ajouter à notre douleur, nous devons constater que des évêques et des supérieurs religieux n’ont pas traité ces affaires de manière adéquate et vraiment consciente de la souffrance profonde et imprescriptible des victimes.

Ces victimes, longtemps silencieuses savent surmonter aujourd’hui leurs blocages pour parler du drame qui s’est produit dans leur vie. Avons-nous toujours bien compris ce qu’elles ont vécu et ce qu’elles peuvent souffrir encore maintenant. Comme dit le pape François, « Les blessures infligées ne disparaissent jamais … »

Les actes de nature sexuelle sur des mineurs ou sur des adultes vulnérables, quels qu’en soient les auteurs, sont inacceptables : ils violent la dignité fondamentale de la personne abusée. Ils sont encore plus inacceptables de la part de prêtres ou de personnes consacrées qui ont vocation particulière à être présence et visage de Jésus-Christ. Un prêtre qui s’est adonné à de tels actes n’a pas seulement violé la dignité de sa victime, il a bafoué les engagements de son ordination et il a insulté la sainteté de Dieu, en défigurant son visage de tendresse et d’amour.

Face à ce drame, qu’est-ce que l’Eglise a fait, qu’est-ce qu’elle n’a pas fait, et qu’est-ce qu’elle peut faire ? Le pape l’écrit : « Nous n’avons pas su être là où nous le devions, nous n’avons pas agi en temps voulu en reconnaissant l’ampleur et la gravité du dommage qui était infligé à tant de vies. Nous avons négligé et abandonné les petits ». Alors que faire ? Je cite encore le pape François : « Considérant le passé, ce qu’on peut faire pour demander pardon et réparation du dommage causé ne sera jamais suffisant. Considérant l’avenir, rien ne doit être négligé pour promouvoir une culture capable non seulement de faire en sorte que de telles situations ne se reproduisent pas, mais encore que celles-ci ne puissent trouver de terrains propices pour être dissimulées et perpétrées … Il est urgent de réaffirmer, une fois encore, notre engagement pour garantir la protection des mineurs et des adultes vulnérables ».

Je voudrais vous rappeler que dans l’Eglise de France nous ne sommes pas restés tout à fait sans rien faire :

  1. Une cellule d’accueil et d’écoute des victimes d’actes de pédophilie de la part d’hommes d’Eglise et de laïcs en responsabilité ecclésiale a été constitué entre les diocèses de Troyes et de Langres. Vous trouverez ses coordonnées sur le site de nos deux diocèses.
  2. Le cheminement des futurs prêtres intègre désormais des formations visant à sensibiliser les séminaristes sur les questions de maturation humaine, sexuelle et relationnelle.
  3. Des formations sont proposées aux publics en responsabilité éducative (enseignement catholique, ALP, …) pour aider chacun à ajuster sa relation aux jeunes.

Dans sa lettre au Peuple de Dieu, le pape François invite les chrétiens à des prises de conscience et à des changements de comportements décisifs.

I. Relever ensemble le défi du respect absolu de la vie et de la dignité des mineurs et des personnes vulnérables. « L’ampleur et la gravité des faits exigent que nous réagissions de manière globale et communautaire … Aujourd’hui nous avons à relever en tant que peuple de Dieu le défi d’assumer la douleur de nos frères blessés dans leur chair et dans leur esprit … Il est nécessaire que chaque baptisé se sente engagé dans la transformation ecclésiale et sociale dont nous avons tant besoin». La culture du silence qui a longtemps prévalu dans l’Eglise ne peut plus valoir. Quand on voit quelque chose, il faut « parler immédiatement ». Il ne faut pas couvrir ces faits. Dans l’Eglise, le respect de la dignité des personnes, et plus que tout de celles qui sont mineures et vulnérables, doit l’emporter sur toute autre considération, y compris celle de la défense de l’institution ecclésiale, que le silence avilit, nous le voyons bien aujourd’hui ou celle de « l’intouchabilité » de responsables, y compris lorsqu’il s’agit de prêtres.

Il n’y a aucun doute que l’immense majorité des prêtres vivent leur célibat dans le respect de leurs engagements et des personnes qu’ils accompagnent. Ils sont eux-mêmes des victimes de ces actes d’abus odieux. Car dans un misérable amalgame, ils doivent porter l’horreur d’actes qu’ils sont les premiers à réprouver. Je leur redis ma proximité, ma gratitude et ma confiance pour leur don généreux d’eux-mêmes au service de l’Eglise et des communautés.

Pour changer ce qui doit l’être dans notre conscience, dans notre regard sur les victimes et dans nos attitudes, le Saint Père nous invite à repartir de la contemplation du Christ crucifié et à le découvrir surtout dans le visage de ces petits et de ces vulnérables auxquels il a voulu s’identifier. Pour cela, le pape François nous invite à la prière et au jeûne, « afin de réveiller notre conscience, notre solidarité et notre engagement en faveur d’une culture de la protection et du « jamais plus » à tout type et à toute forme d’abus ».

 

II. Démasquer toute forme de relation qui peut générer des positions dominantes et induire des abus de pouvoir et de conscience. Il faut lutter contre les attitudes perverses du comportement qui renvoient à l’idée qu’un être humain pourrait « posséder » un de ses semblables et être légitimé à penser à sa place et à contraindre son agir, ce qui correspond entre autre à ce que le pape nomme le « cléricalisme ».

Bien-sûr cette corruption n’est pas réservée aux seuls prêtres. Le cléricalisme peut concerner toute personne qui exerce une responsabilité. Mais nous, prêtres, nous sommes particulièrement exposés à l’idée que notre consécration pourrait nous donner le droit de régenter la vie et la liberté d’autrui, voire de l’instrumentaliser selon notre vision. Nous devons donc être très attentifs à nos postures vis-à-vis de ceux qui nous sont confiés, à nos jugements, à nos paroles, à nos attitudes. Tout être humain est une histoire sacrée à qui nous devons le respect le plus absolu. Ainsi donc la responsabilité et l’autorité qui nous sont conférées sont au service de la croissance des personnes dans le respect de leur dignité et de leur liberté, hors de tout comportement de domination.

J’invite donc toutes les personnes en responsabilité d’Eglise à considérer par elles-mêmes et avec d’autres si leurs attitudes et leurs postures sont bien au service « humble et patient » des autres et excluent toute forme d’emprise.

Seule cette attitude juste nous mettra à l’abri de ces comportements qui font tant de mal aux plus petits de nos frères.

 

+Marc STENGER

Evêque de Troyes

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