L’appel du pape François à la sainteté

En ces jours paraît une nouvelle Exhortation apostolique du pape François : « Soyez dans la joie et l’allégresse » sur l’appel à la sainteté dans le monde actuel. Tout ce qu’écrit notre pape relève d’une profonde cohérence. Il a écrit « Laudato si », il a écrit « Amoris laetitia », il a parlé ainsi de ces lieux du monde où l’homme est appelé à s’engager et à se convertir : notre « maison commune », la terre, la famille. C’est dans ces engagements que l’homme est appelé à se sanctifier … Le pape François n’a donc pas voulu rédiger un traité sur la sainteté mais simplement « faire résonner » pour tous « l’appel à la sainteté, en essayant de l’insérer dans le contexte actuel avec ses risques, ses défis et ses opportunités », autrement dit, nous inviter à nous engager dans une démarche qui se déploie dans la vie quotidienne, dans des petits gestes, des choses modestes, mais où nous sommes portés par la grâce de Dieu. Ce qui est clair c’est que tous sont appelés à la sainteté, et non pas seulement certaines personnes choisies. La sainteté est ce que Dieu a prévu pour nous ; il n’y a là aucune perspective écrasante mais au contraire une manière de devenir ce que nous sommes vraiment.

Un texte pour chacun

A propos de la tonalité de ce texte, il faut noter que le pape s’adresse personnellement à chacun d’entre nous, sans qu’il y ait de prééminence, considérant chacun comme son interlocuteur privilégié, d’où le fait qu’il tutoie son lecteur. Il veut surtout s’adresser à chacun, quelle que soit son activité, vivant les conditions de vie ordinaire. Ce texte n’est pas pour une élite. Le pape emploie d’ailleurs l’expression « classe moyenne de la sainteté » : ceux qui avec constance, vont de l’avant chaque jour, sans faire de grands éclats. Pour être saint, nous dit le pape François, il n’y a pas besoin de qualifications particulières, il suffit d’avoir le cœur ouvert à Dieu : « Permets que tout soit ouvert à Dieu et pour cela choisis-le, choisis Dieu sans relâche » (§ 15).

Moyens de sainteté

L’Exhortation nous montre qu’il y a de fait, des moyens pratiques et simples pour se sanctifier. Nous les connaissons déjà : prendre le temps de prier, pratiquer les sacrements de l’eucharistie et de la pénitence, procéder chaque jour à un examen de conscience et lire l’Evangile régulièrement pour lier de plus en plus étroitement notre vie à celle du Christ. Mais cela ne suffit pas. Nos exercices spirituels doivent être reliés à des actions profondément enracinées dans la miséricorde. Notre prière ne sera un reflet de sainteté qu’à la mesure où nous nous serons montrés miséricordieux dans nos comportements. A cet égard, rappelle le pape François, la charité s’enracine dans le discours de Jésus sur les Béatitudes, au chapitre 5 de Saint Matthieu, ainsi que le chapitre 25 du même Evangile. Il n’y a pas de sainteté sans cette dimension de l’agir.

Le pape François consacre toute une partie à la version moderne de deux hérésies anciennes : le gnosticisme et le pélagianisme. Il nous invite à nous méfier des belles idées qui semblent tout expliquer, ce qu’il faut croire, ou encore des règles excessivement closes qui sont présentées comme des réponses à toutes les questions. Nous ne devenons pas saints par des idées, si élaborées soient-elles, ni par un volontarisme de la règle, mais par l’aide que Dieu nous apporte dans notre faiblesse.

Nous devenons donc saints par la manière dont nous accueillons le don gratuit de l’amour de Dieu.

La vérité du Christ

Ce contre quoi le pape veut nous mettre en garde en parlant des versions modernes de ces hérésies, c’est contre le monolithisme doctrinal qui ne laisse aucune place à la nuance et à la diversité. La vérité du Christ se situe au-delà et ne se rejoint pas seulement par l’explication mais aussi par la contemplation. Il nous met en garde également contre les pointilleux de la loi, de la liturgie, de l’apparence extérieure. La vie chrétienne n’est pas enfermement, mais liberté. La sainteté c’est fondamentalement, nous rappelle le pape François, le respect de la dignité de l’autre, sa reconnaissance comme un frère, quel qu’il soit. Cela vaut pour le pauvre, pour le migrant, pour tous ceux qui sont aux marges de la société. Le chemin de notre sainteté « traverse » nos frères, en particulier les plus pauvres.

Puissent ces quelques lignes surtout faire naître le désir de lire cette Exhortation qui est à la portée de tous.

 

+ Marc Stenger

Evêque de Troyes

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ce site utilise des cookies et collecte les données des visiteurs pour suivre les statistiques. Ok