La joie de Pâques

Pendant la dernière Assemblée des évêques à Lourdes, nous avons ouvert le dossier très actuel de l’ « Intelligence artificielle ». Nous avons pu entendre une conférence du Recteur Giorgini, de l’Université Catholique de Lille, sur « la crise de la joie ». L’intelligence artificielle fait peur, car les potentialités qu’elle développe semblent destinées à faire passer au second plan les intelligences particulières et de préparer une sorte de « grand remplacement », une perspective déprimante pour la créature humaine.

 

Intelligence artificielle

Cette impression demande à être corrigée car l’intelligence artificielle est l’expression d’une intelligence collective qui est le fruit de l’interconnexion des intelligences particulières, démultipliant les potentialités de chacune d’entre elles, non pas dans le sens d’un simple prolongement de ce qu’elle est, mais dans le sens d’une création nouvelle. Ce qui est particulièrement stimulant, si cette création n’est pas seulement technico-scientifique, mais intègre une dimension éthique. L’intelligence artificielle est bonne et source de « joie » lorsqu’elle permet par exemple de mieux soigner et de mieux guérir, de mieux servir l’homme.

 

La joie de Pâques

Quel rapport avec le mystère pascal ? La joie est aujourd’hui en crise dans l’Eglise à cause de l’accablement ressenti par beaucoup d’entre nous devant le péché de l’Eglise, un péché qui atteint et affecte la plupart d’entre nous. A juste raison nous sommes blessés ou même terrassés par la déviation de certains prêtres dans leur relation avec les mineurs.

Mais nous devons nous dire aussi que le péché de l’Eglise en la circonstance n’est pas simplement la somme d’un certain nombre de fautes individuelles qui pourraient nous désespérer ou que nous serions tentés de minorer, mais qu’il est dans interconnexion de toutes nos responsabilités, celle de l’autorité qui n’a rien vu ou rien dit, celle de la conscience insuffisante des acteurs de l’Eglise d’être vigilants et de s’engager. Toutes ces réalités interconnectées peuvent créer un poids infiniment plus lourd que la faute d’un seul, car elles pèsent sur la conscience ecclésiale et elles appellent donc une conversion radicale pour tous les membres de l’Eglise. Seul le passage par la mort et la résurrection du Christ nous la permettra, si nous la vivons dans une interconnexion vertueuse. Autrement dit, le Christ nous invite à vivre une Pâque de l’Eglise, une résurrection collective dans laquelle peut s’inscrire la nouvelle naissance de chacun d’entre nous.

A Pâques l’Eglise renaît dans l’espérance ; non seulement chacun de nous est appelé à renaître, mais la vie postpascale fera de notre Eglise une communauté avec un surcroît de richesses et de promesses. Ce qui la fera grandir, ce n’est pas l’intelligence artificielle, mais l’intelligence spirituelle, une joie nouvelle que le pape appelle la joie de l’Evangile.

 

+ Marc STENGER

Evêque de Troyes