Vers le carême 2019

Suivre Jésus

Le 6 mars prochain, nous entrons de nouveau dans le temps du Carême. Il s’agit une fois encore de nous préparer le cœur pour vivre pleinement la joie de Pâques. Dans son message pour le Carême 2019, le pape François nous propose une belle méditation à partir de Romains 8, 19 « La création attend avec impatience la révélation du Fils de Dieu ». Il nous rappelle que ce temps du Carême n’est pas simplement un moment pour poser des actes d’effort ou de privation, mais qu’il est un processus dynamique qui nous fait entrer de plus en plus avant dans la plénitude offerte par la vie nouvelle avec le Christ. Notre Carême doit être à l’image de ce qu’a été la vie publique de Jésus. On pourrait ne voir dans celle-ci qu’une accumulation de paroles et d’actes qui nous révèlent quelque chose d’extraordinaire. En réalité, depuis le commencement, sa vie est une montée vers Jérusalem, vers la Croix et la Résurrection. C’est à cette dynamique là que nous sommes conviés nous-mêmes à participer pendant notre Carême. C’est un chemin de montée que nous sommes appelés à suivre. Notre première préoccupation pendant ce Carême qui vient ne doit donc pas être sur ce que nous allons faire mais comment nous allons monter vers Pâques, en nous appuyant sur les ressources que Dieu lui-même nous offre. Le pape nous rappelle que « nous avons déjà été sauvés, mais c’est en espérance » (Rm 8, 24). Le mystère du salut est déjà en œuvre en nous en cette vie terrestre, nous pouvons nous laisser guider par l’Esprit Saint. Les atouts de vie, de croissance, de communion avec Dieu sont là pour nous entraîner vers les hauteurs. Le Carême est à la fois un temps pour découvrir combien la miséricorde de Dieu nous habite et veut nous conformer au Christ (Rm 8, 29) et en même temps combien nous sommes encore un chemin et que tout notre être est encore à convertir.

Une dynamique existentielle

Mais ce sur quoi le pape François insiste, c’est de montrer que ce processus spirituel n’est pas « hors sol », mais qu’il englobe aussi nos frères humains et le monde dans lequel nous vivons. C’est donc toute la création qui est saisie par ce grand mouvement de vie pascale qui s’empare de nous et qui nous transfigure. « Quand la charité du Christ transfigure la vie des Saints –esprit, âme et corps– ceux-ci deviennent une louange à Dieu et par la prière, la contemplation et l’art, ils intègrent aussi toutes les autres créatures » (cf. Laudato si § 87). C’est en cela que nous devons comprendre que notre chemin de conversion du Carême ne doit pas être une démarche « hors sol », une démarche purement personnelle de perfectionnement spirituel. Elle doit intégrer notre relation avec le prochain et avec les autres créatures, relation qui fait partie de notre identité de Fils de Dieu. Il s’agit donc d’éviter de mettre en acte des comportements destructeurs de cette double relation, de prendre conscience que nous pouvons instrumentaliser nos frères humains et aussi ce que nous offre le monde dans lequel nous vivons pour parvenir à nos fins. Le pape François dénonce la logique du « tout et tout de suite », et du « posséder toujours davantage ». Quand on abandonne la loi de Dieu qui est la loi de l’amour, c’est la loi du plus fort sur le plus faible qui finit par s’imposer. Bien sûr tout ce que nous ferons pour bien vivre ce Carême passe par des actes, mais surtout par un changement du cœur qui nous guérisse « de notre avidité », « du désir véhément pour le bien excessif », « du désintérêt pour le bien d’autrui », « de cette cupidité insatiable qui considère tout désir comme un droit et qui tôt ou tard finira par détruire même celui qui se laisse dominer par elle ». Ce dont il s’agit, c’est de vivre de façon plus intense le mystère pascal dans notre vie personnelle, familiale et sociale.

Jeûner, prier, pratiquer l’aumône

Dans la tradition du Carême, cela passe par le jeûne, la prière et l’aumône. Dans cette perspective, jeûner devient « passer de la tentation de tout “dévorer ” pour assouvir notre cupidité à la capacité de souffrir (de manquer) par amour ». Prier sera « renoncer à l’idolâtrie et à l’autosuffisance de notre moi » et reconnaître qu’on a besoin du Seigneur et de sa miséricorde. Et enfin, on pratiquera l’aumône « pour se libérer de la sottise de vivre en accumulant toute chose pour soi dans l’illusion de s’assurer un avenir qui ne nous appartient pas ». Ainsi nous retrouverons la joie du dessein de Dieu sur nous et sur toute la création dans la dynamique de la Pâque du Christ.

+ Marc Stenger

Evêque de Troyes