Revenez à moi de tout votre cœur

Nous entrons en carême… avec beaucoup d’incertitudes, avec beaucoup de questions.
La crise sanitaire est toujours là. Beaucoup de nos projets sont mis à mal, nous projeter dans l’avenir est difficile. Nous connaissons les souffrances des étudiants, des salariés en télétravail, des entreprises qui ne peuvent plus exercer leur activité, des personnes plus âgées qui vivent mal ce confinement qui ne dit pas son nom (je ne sais pas ce qu’il en sera quand vous lirez ces lignes), des malades dans les structures hospitalières (je pense entre autres à notre évêque émérite) qui ne peuvent avoir que de rares visites, et à tant d’autres personnes… Et je me pose en même temps cette question : que se passait-il dans le cœur du Christ quand « l’Esprit l’a poussé au désert », quels sentiments l’habitaient ?

Ce carême, nous sommes provoqués à le vivre différemment de l’habitude, moins de grands temps forts, mais plus de petites choses, qui n’en sont pas moins essentielles.
« Aussitôt, l’Esprit pousse Jésus au désert » (Mc 1, 12). C’est bien l’Esprit qui pousse Jésus au désert. Il a quelque chose d’important à y vivre, avant d’entrer dans son ministère public. Aujourd’hui encore, l’Esprit nous pousse au désert. Laissons-nous transformer par lui.

L’Esprit va nous aider à regarder avec des yeux neufs toutes les personnes avec qui nous vivons. Celles que nous connaissons bien, et celles que nous croisons de temps en temps. Regarder ce qui est source de vie pour elles, et nous en émerveiller. Et ce qui est plus difficile pour elles, voire très difficile à vivre. Que me montre Dieu alors, à quoi m’invite-t-il ? Un service à rendre, quelques mots à échanger, un soutien à vivre dans la régularité ? Autant d’efforts de carême très concrets qui seront le signe de mon attention aux autres, qui vont me transformer.

L’Esprit va nous aider à regarder avec des yeux neufs nos propres vies. Non pas pour nous lamenter sur nos difficultés, mais pour y discerner ce qui doit bouger en nous, ce qui doit y être converti. Nous pouvons regarder nos vies en ne voyant que ce que nous ne parvenons pas à faire, ce qui ne dépend pas de nous. Mais nous pouvons aussi regarder nos vies en nous mettant à l’écoute des appels de Dieu. « Revenez à moi de tout votre cœur » (Jl 2, 12). Cette invitation, éminemment positive, sors du cœur même de Dieu. Elle exprime tout le désir qu’il porte en lui.

L’Esprit va nous aider à regarder Dieu avec des yeux neufs. Découvrir comment il regarde notre monde d’aujourd’hui. Découvrir comment il nous regarde, comment il me regarde, comment il compte sur moi pour que « son règne vienne ».

L’Esprit va nous aider à regarder vers les fêtes de Pâques. Car c’est bien là le but de ce carême. Nous conduire vers Pâques, vers la joie de la découverte, de la prise de conscience, du Christ ressuscité. C’est cela qui change tout. Les apôtres ont eu bien du mal à le découvrir, mais « il était là, au milieu d’eux » (Jn 20, 19).

Je suis en train de découvrir les lettres que les catéchumènes, les futurs baptisés de Pâques, ont écrit pour demander le baptême. Je vous avoue être touché par ce qu’ils disent de leur rencontre avec le Christ, souvent de petits événements, mais qui les conduit à un vrai désir de changement, qui les conduit à vouloir construire leur vie avec Dieu en demandant le baptême.

Je ne sais pas ce que nous prépare ce carême. Mais laissons-nous conduire par l’Esprit au désert, en toute confiance.

Père Jérôme Berthier
Administrateur du diocèse de Troyes