La saison des touristes

 

Chaque année, on publie des statistiques comparées sur la fréquentation touristique de nos pays et il semblerait que la France soit plutôt bien placée, tout en haut du tableau. Le tourisme est assurément un plus économique et pour certains pays, c’est même la ressource qui leur permet d’émerger financièrement. Le touriste est un consommateur de sites, de monuments, de musées, de culture, de cathédrales, de tout ce que peut offrir un pays ou une région à ceux qui les traversent le temps d’un été.

 

Connivence

Mais le touriste n’est-il que cela, le spectateur de curiosités et de raretés ? Le dossier de ce numéro d’Eglise dans l’Aube le dit, nous avons autre chose à lui montrer et à lui faire vivre. La richesse de notre patrimoine, en particulier religieux, nous provoque à entrer avec lui dans une connivence profonde. Connivence pas seulement esthétique et culturelle, mais aussi connivence par l’offrande d’un sens qui permette à ce touriste qui vient chez nous de devenir un méditant, un contemplatif ou même un pèlerin dans un lieu spirituellement significatif. La proposition de la « pastorale du tourisme », service de l’Église catholique de l’Aube, est d’aider ce visiteur à approfondir non seulement ce qu’il voit, mais aussi ce qu’il fait : de l’aider à ne pas percevoir la réalité de ce qui s’offre à ses yeux uniquement à travers les pages d’un guide touristique qui saura détailler pour lui une somme de connaissances mais non pas l’épaisseur d’une aventure de création, de spiritualité, de foi. Ce sera une manière de l’aider àne pas se contenter d’avaler un programme de visites et d’activités, mais à prendre possession des lieux et des personnes qui l’accueillent etàs’en laisser imprégner et transformer.

 

Chemin d’intériorité

On est parfois tenté de sourire un peu devant ces cohortes d’hommes et de femmes, vêtus façon décontractée, qui investissent un lieu, toute caméra déployée et n’ont pas le temps de s’y poser avec le respect, l’intérêt et l’admiration qu’il mérite. Le touriste est un être ne livrant souvent que la surface de lui-même et que ceux qui le reçoivent en un lieu, guides bénévoles, organisateurs de visite, accueillants doivent l’aider à rejoindre sa plénitude.

L’enjeu majeur dans le tourisme, c’est que la qualité intérieure du touriste soit pleinement reconnue. Il faut le considérer comme digne de partager nos richesses et à partir de là, hors de toute superficialité, lui offrir ce qui touche non seulement le cœur, mais aussi l’âme. L’accueil touristique doit devenir une vraie rencontre, un dialogue sur le sens, sur la beauté, sur la profondeur et la transcendance, ce qui suppose que les accueillants ont su eux-mêmes pénétrer le mystère de leur patrimoine. Si l’on veut dignement recevoir des touristes, il faut se faire soi-même touriste dans ce sens de visiteur des hauteurs et des profondeurs de nos univers. Alors on pourra entraîner l’autre sur des chemins de vie et de joie.

L’accueil d’un visiteur, que ce soit dans une cathédrale prestigieuse ou dans une petite chapelle, que ce soit dans un restaurant gastronomique ou à une modeste table au bord de la route, devrait être pour lui et ceux qui l’accueillent une belle page d’histoire vécue ensemble. Un tourisme de savoir ne vaut pas un tourisme d’amitié. Saluons tous les efforts entrepris chez nous pour vivre ce dernier.

 

+ Marc Stenger

Evêque de Troyes