Sortir de l’arche

 

L’arrivée de l’été avec, en même temps, la levée de certaines contraintes sanitaires, nous permet de redécouvrir des éléments qui, avant, pouvaient nous sembler naturels, mais dont nous apprécions maintenant toute la valeur. En particulier l’importance pour nous de la vie sociale, l’attention à ceux qui nous entourent, l’importance de la vie communautaire pour vivre notre foi…. Nous savons aussi que tout cela reste très fragile.

Ces confinements nous ont ouvert les yeux sur nos fragilités, nous ont fait découvrir très concrètement les inégalités qui existent entre nous. Ils nous ont ouvert les yeux sur des personnes qui sont indispensables à nos vies, même si elles sont parfois presque transparentes à nos yeux, tant nous sommes habitués à leurs services. Les employés qui travaillent dans l’approvisionnement alimentaire, les personnes qui s’occupent de nos déchets, le personnel de santé, et beaucoup d’autres encore. Il y a de très nombreuses années, papa, sortant de la réserve militaire, avait été affecté dans du personnel, toujours de réserve, chargé d’assurer l’approvisionnement alimentaire du pays en cas de crise. Je comprends mieux aujourd’hui l’importance de cette mission. Grâce à de nombreux « invisibles », nous n’avons manqué de rien d’essentiel. N’oublions pas toutes ces personnes, regardons-les. Et que ce que nous avons vécu pendant cette crise soit pour nous l’occasion d’être plus attentifs à notre ouverture aux autres.

Nous avons aussi, pendant cette crise, découvert notre fragilité. Nous pensions que la science pouvait nous permettre de tout maîtriser. Nous avons découvert que ce n’était pas si simple. La science nous a certes beaucoup aidés, mais nous nous posons encore aujourd’hui beaucoup de questions. Nous n’avons pas toutes les solutions, et nous sommes inquiets.

Je pense que nous avons été nombreux, ces derniers mois, à regarder régulièrement l’évolution des statistiques. J’ai alors pensé au récit de l’arche de Noé dans le livre de la Genèse (Gn 6-8). Devant le déluge, Dieu confine un échantillon de la création, le temps que passe ce déluge. Quand le déluge cesse, Noé scrute les signes pour savoir si les eaux avaient baissé à la surface du sol. Il envoie régulièrement la colombe, qui ne trouve pas d’endroit où se poser, jusqu’au jour où elle ne revient pas. Noé peut alors sortir de l’arche, et Dieu conclut une alliance avec lui.

Parmi les questions fondamentales qui nous ont été posées, il y a celle de savoir où nous mettons nos priorités. Qu’est ce qui est essentiel pour moi ? Nous n’avons peutêtre pas envie de revenir sur cette période, mais profitons de ce temps d’été pour relire ce que nous avons vécu depuis mars 2020. Qu’est-ce qui nous a manqué ? Qu’est ce qui nous a soutenu ?  Portons cela dans la prière. Demandons à Dieu ce qu’il veut nous faire découvrir aujourd’hui. A la sortie de l’arche, Dieu conclut une alliance avec Noé.

Le diocèse de Troyes part en pèlerinage à Lourdes ce dimanche 25 juillet. Confions-nous à la Vierge Marie, l’Immaculée Conception (c‘est le thème du pèlerinage cette année) pour qu’elle nous accompagne sur ce chemin de découverte et de conversion. Confions nous aux saints Pierre et Paul, patrons de notre cathédrale, pour qu’ils nous accompagnent, afin d’être, à leur image, des disciples missionnaires, avec tout ce qu’est notre monde aujourd’hui.

Jérôme Berthier

Administrateur diocésain