Art et spiritualité

A l’approche des vacances, on se prépare à accueillir les touristes qui viennent de plus en plus nombreux à Troyes surtout, mais aussi à la recherche de nos belles églises qui parsèment la campagne auboise. Si nous voulons bien les accueillir, il faut que nous réfléchissions à ce que nous voulons leur proposer. Et pour cela il faut que nous ayons conscience du sens qu’ont pour nous toutes ces œuvres d’art, de peinture, de sculpture, d’architecture, de littérature, qui constituent le riche patrimoine artistique disponible sur notre territoire.

 

Un trésor à partager

Bien-sûr il y a des services, des commissions, des offices qui ont en charge l’entretien et la valorisation de ce patrimoine. Mais en quoi sommes-nous nous aussi concernés par lui ? N’oublions pas que par définition le patrimoine c’est notre bien, individuel ou collectif, que nous avons hérité du passé et que nous avons vocation à léguer aux générations futures. C’est un bien dont nous avons actuellement la jouissance, non pas comme quelque chose qui est déposé dans un coffre fermé à double tour, à l’abri de toute intrusion et qui repose là jusqu’au passage des générations, mais comme quelque chose qui est mis à la disposition de tous, qui peut être source de bonheur, d’admiration, de recueillement pour tous ceux qui veulent bien accueillir ce dont il est porteur, l’esprit dont il est habité par la grâce de l’artiste qui l’a conçu.

C’est toute cette richesse dont nous sommes dépositaires : nous n’en avons pas toujours conscience ou nous ne savons pas toujours la déchiffrer.

 

Notre responsabilité

Et ce n’est pas une mince responsabilité, car ce bien, s’il est à nous, à nos familles, à nos communautés, il est aussi par nous pour tous ceux qui par hasard ou par choix de programme d’été auront l’occasion de le côtoyer. Et ce ne sont pas seulement des objets, c’est de la beauté, c’est de la création artistique, c’est du savoir-faire, ce sont des inspirations, des invitations au voyage de l’esprit, des émotions. Il nous incombe donc aussi d’en mesurer la richesse, d’appréhender la hauteur et la profondeur de ce don. Très souvent, nous en sommes loin, parce que tous ces trésors sont posés dans notre quotidien.

Nous ne les voyons plus que comme des objets familiers et nous ne savons plus qu’ils sont des trésors. On dit souvent que ce sont les étrangers qui redonnent vie à beaucoup de ces biens artistiques constituant notre environnement, alors que nous-mêmes nous ne savons plus les reconnaître, alors qu’il y a pourtant là notre histoire, il y a là des artistes qui ont mis le meilleur d’eux-mêmes pour dire quelque chose de leur âme.

 

Inventaire du sens de notre patrimoine

Le dossier de ce numéro de la revue est une sorte d’inventaire du sens de notre patrimoine artistique. Il veut nous aider à découvrir ce que nous avons à partager du fait de l’histoire de création artistique de notre département, surtout à nous en approprier le sens profond qui dépasse la seule esthétique et représente bien souvent l’âme d’un peuple, et à mieux comprendre que nous avons à être des médiateurs, pour que ce sens vienne nourrir les esprits et les cœurs de tous ceux qui s’approchent de ce trésor. Je sais que beaucoup aujourd’hui se font guides bénévoles dans leurs églises pour les visiteurs. Ils partagent ainsi avec eux leur conscience renouvelée d’être non pas seulement des bénéficiaires passifs d’un patrimoine matériel, mais des héritiers d’une tradition riche d’art et de spiritualité.

 

+ Marc Stenger

Evêque de Troyes