Ce que le Christ attend de nous

 

Ce titre peut sembler original, mais je me rends compte que c’est une expression que j’ai utilisée plusieurs fois pendant cette crise sanitaire. Durant cette période inédite que nous avons à vivre, qu’est-ce que le Christ attend de nous ? Au moment où nous célébrons la Pentecôte, où les disciples sortent de chez eux, l’actualité de cette question est bien réelle.

Nous sommes entrés dans ce qu’on appelle une sortie progressive du confinement. Nous avons souffert de ne pouvoir nous rencontrer, de voir de nombreux projets stoppés. Nous souffrons encore aujourd’hui de ne pas pouvoir reprendre toutes nos activités, de ne pas savoir quand nous allons pouvoir reprendre une vie pastorale normale. Nos manières habituelles de vivre tel ou tel événement sont bouleversées, et c’est déstabilisant.

Nous savons aussi que cette crise va laisser des traces profondes. Des personnes ont vécu des blessures importantes. Des liens patiemment tissés avant sont rompus, et seront difficiles à recréer. Nos manières habituelles de prier, de célébrer, de nous rencontrer, de nous organiser, ont été modifiées et mises en question. Les chemins pour avancer ne vont pas être faciles à trouver, il n’y a pas de recette toute faite.

Nous pouvons en même temps nous rappeler ce qu’ont vécu les disciples au soir de Pâques. Ils étaient remplis de craintes, d’incertitudes. Par peur, ils avaient verrouillé les portes du lieu où ils se trouvaient, ne sortaient plus. Et voilà, nous dit Saint Jean, que « Jésus vint, et il était là, au milieu d’eux. Il leur dit : “la paix soit avec vous“. Puis il leur montre les signes de ses souffrances, souffle sur eux, et leur dit : « Recevez l’Esprit Saint. » Nous aussi, laissons-nous surprendre par le Christ.

Au moment de la Pentecôte, les disciples trouvent la force de témoigner de ce qui fait le cœur de leur découverte. « Ce Jésus que vous avez crucifié, Dieu l’a ressuscité », proclame Saint Pierre. Et le livre des Actes des Apôtres nous dit que chacun les entendait parler dans sa propre langue. J’ai longtemps lu cela un peu rapidement, pensant que les apôtres avaient reçu le don de parler dans toutes les langues. Mais c’est en fait chez les auditeurs que se passe cette chose extraordinaire : ils comprennent ce que disent les apôtres.

Quelles sont les langues entendues par ceux avec qui nous vivons ? Quels éléments vont pouvoir les toucher afin que le message de l’Évangile soit audible pour eux. Je voudrais reprendre quelques éléments entendus lors de la rencontre que j’ai vécu avec les adultes recevant le sacrement de la confirmation lors de la vigile de la Pentecôte à la cathédrale de Troyes, ainsi que ce qu’ils ont pu partager dans les lettres qu’ils m’ont écrites pour demander ce sacrement. Pour certains, ce qui les a mis en route, c’est un témoignage très explicite entendu par exemple à l’occasion d’un parcours alpha ou de rencontres avec des chrétiens de leur entourage. Pour d’autres, cela aura été l’invitation à accompagner leur enfant pour la préparation d’un sacrement, pour la catéchèse. Pour d’autres encore, cela aura été la découverte de chrétiens engagés au service des autres, découvrant le Christ à l’origine de leur engagement. Engagement dans les jardins solidaires, au secours catholique, auprès de migrants, dans l’aide aux devoirs… Certains avaient aussi été marqués par la qualité de présence et de vie d’un membre de leur famille, souvent des grands parents. Les grandes questions posées par la maladie, par la mort d’un proche, ont aussi pu être des éléments déclenchants. L’écoute, la présence de chrétiens dans ces moments-là ont pu être décisives.

« Chacun les entendait dans sa propre langue ». Il me semble que chacun de nous peut être entendu dans au moins une de ces langues. Le livre des actes des apôtres nous rapporte alors que les auditeurs étaient touchés au cœur, et que beaucoup se joignirent à eux. Le nombre des croyants augmentait de jour en jour.

Cela ne donne pas de solution miracle à la question de savoir ce que le Christ aujourd’hui attend de nous. Mais cela peut nous aider à être attentifs aux appels de l’Esprit Saint aujourd’hui. « Disciples missionnaires », n’hésitons donc pas à témoigner. Il se trouvera bien quelqu’un pour nous entendre dans sa propre langue.

Père Jérôme Berthier

Administrateur diocésain