Semaine Sainte

Comme chaque année, nous sommes sur le point de revivre la Semaine sainte mais nous sommes aussi sollicités de ne pas la vivre simplement comme une succession de moments liturgiques intenses dans lesquels nous célébrons les grandes heures de la Passion et de la Résurrection du Christ. Le Christ par amour pour les hommes n’a pas craint d’aller jusqu’à l’extrême du don de soi et est mort après avoir subi les pires des humiliations, sur une croix, gibet des esclaves. Il est important de se redire que ce n’est pas ce côté spectaculaire de l’agir du Christ pour nous qui est l’essentiel de ce que nous devons retenir du mystère de Pâques, mais ce dont il est révélateur, ce don de la vie de Dieu qui envahit, qui englobe, qui infuse toute l’humanité et ouvre pour chaque homme une nouvelle histoire de vie, de lumière et d’espérance. Tel est le grand mystère : l’abaissement, la déréliction du Christ dans sa Passion est source de croissance, renouvellement de vie pour les hommes, en particulier pour les plus éloignés de Dieu.

Œuvre de vie

C’est le sens profond dans lequel nous sommes appelés à vivre les grands rendez-vous de la Semaine sainte. Le Baptême des catéchumènes pendant la vigile pascale, c’est le grand débordement de la vie de Dieu, obtenue par l’œuvre du Christ, dans le cœur de ces hommes et de ces femmes. C’est toute la communauté qui s’en trouve et doit s’en trouver touchée, renouvelée, transportée. C’est pour cela que tous sont invités à renouveler ce soir-là leur propre profession de foi baptismale.

Mais ce point d’orgue de la vigile pascale n’est que le prolongement de toute la Semaine sainte. Ce que nous célébrons le soir du Jeudi Saint, c’est bien le rappel que Jésus, en mourant sur la croix, fait œuvre de vie, se fait porteur de la vie de Dieu pour les hommes et ce soir-là le partage du Corps et du Sang du Christ est pour toute la communauté communion dans une vie qui recrée et renouvelle chacun de ses membres. Et reconnaître cette vie de Dieu qui nous sauve ne doit pas être le privilège de ceux qu’on est parfois tenté d’appeler les « bons chrétiens ». Sur la croix du Vendredi saint, celui qui a reconnu en Jésus crucifié le Sauveur des hommes et qui nous l’a révélé, c’est un brigand crucifié à ses côtés.

Des dissemblances  à évacuer

Cet exemple nous révèle le sens profond du mystère de la mort et de la Résurrection du Christ. L’œuvre de salut accomplie par Jésus pour chacun, c’est de faire venir au jour cette vie de Dieu dont depuis le commencement l’homme est gratifié, et qui parfois s’enfouit sous des couches d’indifférence, de déviations, d’aveuglements. Elle est là cette vie, inscrite au plus profond de nous, réalité de la présence de l’amour de Dieu et nous n’en bénéficions pas, car nous sommes ailleurs, dans l’éloignement, dans la « dissemblance », comme disait saint Augustin. Mais la ressemblance est là depuis le commencement. Il y a un feu à allumer ou à rallumer et le Christ s’en charge. Ne croyons pas que les catéchumènes deviennent chrétiens par enchantement. La vie de Dieu qui est là en eux, se déploie, se répand jusqu’au baptême et bien sûr au-delà.

Et nous-mêmes, en nous approchant du sacrement de la réconciliation, nous renouons, pour ainsi dire, avec la vie, avec la fête que Dieu a depuis toujours prévu pour nous, enfants prodigues que nous sommes.

La Semaine sainte n’est pas une semaine de deuil, mais c’est une semaine pour redécouvrir que nous sommes des sauvés, que nous sommes des vivants.

+ Marc Stenger

Evêque de Troyes

 

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