L’agriculture une chance pour nous tous

 

Il y a quelques semaines se déroulait le salon de l’agriculture, cette grande fête annuelle du monde agricole où tous les acteurs font connaître leurs productions et leurs combats. C’était l’occasion de découvrir des hommes et des femmes habités par la passion pour le travail de la terre qu’ils considèrent le plus souvent comme une mission. Une passion d’autant plus visible qu’elle émerge au milieu des difficultés administratives et économiques que traversent différentes filières agricoles et au milieu des difficultés – parfois dramatiques – que subissent certains agriculteurs.

 

Protection et service de la terre

En avons-nous toujours conscience ? Leur métier a besoin d’être considéré par l’ensemble de la société, car il est unique et nécessaire. De même que la société confie aux soignants la mission de soigner, elle confie la terre aux agriculteurs et aux paysans pour qu’ils la cultivent afin de produire la nourriture des hommes. L’outil principal de l’agriculture est la terre avec son sol vivant. Tout dépend de lui pour que la nourriture soit produite. Il est un être vivant et donne de la vie. Notre responsabilité à tous est de faire en sorte de ne pas l’épuiser et qu’il puisse demeurer un vivant avec ses potentialités.

La science peut nous aider à prendre en charge cette question. Mais l’observation journalière des agriculteurs qui sont sans arrêt sur ce sol, qui aiment leur terre est indispensable, car à force de se fréquenter avec elle ils ont une relation intime, une connaissance irremplaçable. Cette relation de respect, nombreux sont les agriculteurs à l’entretenir avec leur terre. Le pape François les encourage dans Laudato Si : « Si nous nous approchons de la nature et de l’environnement sans cette ouverture à l’étonnement et à l’émerveillement, si nous ne parlons plus le langage de la fraternité et de la beauté dans notre relation avec le monde, nos attitudes seront celles du dominateur, du consommateur ou du pur exploiteur de ressources ». Voilà pourquoi le pape François propose pour employer un vocabulaire juste en faveur d’une attitude juste de ne plus parler d’« exploitant agricole », mais de « cultivateur ».

Cultiver et garder est l’une des missions les plus nobles de l’homme. Dans le domaine agricole, les techniques ont grandement et heureusement amélioré notre pouvoir sur la nature et la manière de l’exercer. Mais elles ont aussi favorisé une agriculture intensive qui a permis une production en grande quantité, ce qui était sans doute nécessaire après la guerre. Aujourd’hui, de nouveaux défis marquent l’agriculture.

Le pape François évoque la tentation pour l’homme de considérer la terre comme terrain manipulable à l’envi. Or la nature n’est pas si manipulable que cela. Elle a une vie propre, des rythmes propres à respecter. Il faut donc toujours nous demander si nous sommes dans une attitude qui consiste à « servir » le sol vivant pour qu’il produise le meilleur de lui-même ou dans une attitude qui « utilise » le sol en estimant que l’homme peut l’exploiter comme il l’entend.

 

Une grande responsabilité

Cette nature qui nous est donnée est en même temps fragile. Elle a besoin d’être protégée et gardée. Telle est la belle responsabilité des agriculteurs qui doivent se garder des mythes de la toute-puissance technologique et de la domination de la terre. Beaucoup d’agriculteurs ont conscience de leur propre fragilité et du besoin qu’ils ont d’entrer en dialogue les uns avec les autres pour trouver ensemble les méthodes justes et diversifiées qui « cultivent et gardent » notre terre. Ce n’est pas une simple discussion de méthodes. C’est une belle manière d’écouter la terre et de mieux la servir.

Ce dialogue est d’autant plus nécessaire qu’il ne s’agit pas de travailler seulement au niveau de son champ, mais aussi au niveau de tout l’environnement humain que sont les marchés, les filières de distribution et les consommateurs qu’il convient d’écouter et d’informer. C’est tout un réseau humain qui se tisse autour de l’agriculteur. Un réseau de solidarité en particulier en vis-à-vis des agriculteurs qui connaissent de graves difficultés.

De ce dialogue, nous avons tous à recevoir. Le monde agricole peut nous montrer que l’homme est invité à tendre la main à la terre et que celle-ci aussi lui tend la main, de telle sorte qu’il s’établira entre nous et elle une vraie fraternité qui est la condition de la « sauvegarde de la maison commune » qu’est notre terre.

 

+ Marc Stenger

Evêque de Troyes