Écologie intégrale au retour de Lourdes

 

Le concept d’« écologie » a aujourd’hui un grand retentissement, mais son sens demande à être revisité, si nous voulons saisir vraiment en quoi il nous interpelle et nous provoque à des nouvelles manières de voir, de faire et d’être. C’est du moins ce que je retiens des deux journées que nous avons passées pendant l’Assemblée des Évêques à Lourdes à écouter quelques grands témoins, jeunes, croyants ou non, entreprenants, pour qui la prise de conscience écologique a signifié une véritable conversion dans leur vie et un nouveau regard sur le monde qui les environne.

Un regard vers l’avenir

La thématique générale de leurs témoignages est que l’attitude écologique n’est pas tant la préservation du présent des ressources naturelles disponibles que la préparation sans peur de l’avenir. Ce qui est à préserver, ce ne sont pas d’abord les ressources limitées d’un monde fini, mais le bien commun qui permettra à chacun de trouver son compte dans les ressources que nous offre notre monde, qui permettra à chacun, aujourd’hui et demain, d’être heureux, sans qu’il y ait de discriminations, d’inégalités et d’injustices pour contrecarrer ce bonheur. Le vrai défi est celui-là, c’est un défi de solidarité et de fraternité, et non pas celui de créer un « cocon » pour nous, en ne nous préoccupant pas trop, sinon de loin, de ce qui se passe ailleurs. C’est dans cette ligne que nous sommes invités à comprendre le sens du temps de l’Avent, préparation à Noël qui va bientôt démarrer, le peuple qui était dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière. A l’invitation du Christ, nous quittons ces ténèbres et nous entrons dans la lumière de l’Incarnation. On pourrait appeler cela de l’écologie liturgique qui est constituée par un regard d’espérance en l’avenir.

Contraintes désirables

Il est évident que nous sommes tous appelés à des changements dans notre manière de vivre : davantage de sobriété, davantage de discernement dans notre utilisation des moyens de transport, moins de consommation … Il y a là certes une « contrainte ». Or, nous savons combien nous avons du mal dans notre société à accepter les contraintes, sinon sous la menace du « bâton ». Ce à quoi nous ont ouverts nos invités, c’est qu’une contrainte peut être désirable ; elle n’est pas à recevoir comme pénalisante, mais comme devant nous permettre de vivre mieux, de permettre à tous de vivre mieux, donc pour un bien, pour un « bien commun ».

Il n’est pas trop tard

Certains pensent que l’effort écologique vient un peu tard, que notre monde est en train de « s’effondrer » sous le coup du réchauffement climatique, de la courte vue des politiques, et de l’égoïsme des uns et des autres. Ce qui serait désastreux et ne produirait pas de bons fruits, serait de nous sentir seulement coupables dans nos choix de vie et dans nos réticences à changer nos manières de vivre. Un des témoins qui s’est adressé à nous, jeune cadre dans une entreprise internationale, nous a dit combien il était conscient de son péché « écologique » (en particulier pour le bilan carbone), mais qu’il se sentait aussi appelé à s’aimer soi-même, parce qu’il y avait en lui des potentialités de vie meilleure qu’il pouvait déployer en se transformant, en transformant le monde autour de lui, et à aimer son prochain qui n’est pas seulement quelqu’un qui pèse sur la construction du futur par ses aveuglements, mais qui peut être un allié, un partenaire dans la construction d’un bien commun.

Un capital à valoriser

Le monde – la création – est un capital à valoriser et à gérer autrement. Comment ? Tous, nous avons à trouver une place dans la construction d’un avenir libéré. Ce doit être en particulier la préoccupation de l’Église de promouvoir un effort partagé entre tous, quel que soit au départ le degré de leur conscience écologique. C’est le sens par exemple du « label Église verte » qui engage toute une communauté et non pas seulement quelques convaincus.

Joie

Ce qui nous a frappés chez ces témoins, est qu’ils étaient habités non pas par l’inquiétude ni par la mauvais conscience, mais par la joie, une joie qui vient de la conversion du cœur dans le sens d’un plus grand amour de l’homme et de la création, et de la prise de conscience de toute la richesse d’entraide et de mise en mouvement qu’il y a dans cette humanité.

La dimension écologique de l’Eucharistie ne peut pas nous échapper. Toutes nos questions, toutes nos peurs, mais aussi tous nos engagements à la conversion trouvent leur point d’appui dans la Parole du salut du Christ qui vient à nous à travers l’Eucharistie. C’est pourquoi nous avons voulu ce repère qu’est le Sanctuaire Eucharistique Diocésain dans la Chapelle des Clarisses. Venons tous aux Vêpres, le dimanche du Christ Roi, chez les Clarisses au 26 rue Mitantier pour accompagner les adorateurs eucharistiques dans leur mission et devenir nous-mêmes adorateurs.

 

+ Marc Stenger

Evêque de Troyes