Bonne année pastorale à tous

 

Être « disciple-missionnaire » 

 

Être « disciple-missionnaire » est une expression qu’utilise souvent le pape François. Elle est familière aux chrétiens d’Amérique Latine et vient tout droit de la Conférence d’Aparecida qui a rassemblé il y a quelques années toutes les Églises du continent latino-américain.

Nous voudrions que, dans l’année qui vient, elle devienne familière aussi pour nous, chrétiens du diocèse de Troyes, car il y a là une belle orientation, un beau programme pour donner sens à la nouvelle année pastorale qui commence.

 

Disciple-missionnaire

Dans la perspective du Pape François, un disciple missionnaire est quelqu’un qui se met à l’écoute de l’œuvre de Dieu dans le monde, qui se réjouit de son action parmi les hommes et, stimulé par ce qu’il découvre, se met à agir à son tour pour faire connaître cette œuvre à d’autres. L’Église ne doit pas se préoccuper d’abord d’elle-même, de son déclin statistique, de ses problèmes internes, mais être capable de sortir de son égocentrisme pour reconnaître Dieu qui se manifeste dans le monde, en particulier aux périphéries, là où le monde attend, car c’est là que Dieu est présent ; Il faut donc qu’elle se garde de simplement reproduire, il s’agit pour elle d’inventer, d’ouvrir des routes nouvelles à l’Évangile en direction de ceux qui sont dehors, les incroyants, les pauvres, les marginaux. Mais non pas comme un propagandiste qui déploie sa bannière, plutôt comme quelqu’un qui lit humblement et avec confiance les signes des temps par lesquels Dieu se manifeste et, à partir de là, partage sa joie d’être chrétien et de repèrer la grâce qui nous habite. Dieu ne se donne pas seulement dans la fidélité à un rituel ou à des vérités dogmatiques, il se donne dans mille signes de libération, de solidarité et de justice.

Nous sommes invités comme disciples à déchiffrer les signes d’aujourd’hui de la présence de Dieu. Mais parce que nous avons à être missionnaires, nous n’attendons pas que les gens viennent à nous, comme ils viendraient à un « guichet » où on leur distribue la nourriture. Nous allons vers eux, nous leur faisons connaître la bienfaisance de Dieu qui irrigue leur existence comme la nôtre.

 

De nouvelles réalités

Pour cela, il faut savoir prendre le temps. Certains sombrent dans une course éperdue pour sauver ce qui est encore sauvable dans l’Église.

Il vaut mieux prendre le temps d’être attentif à celui qui est au bord de la route, et à prendre les réalités d’aujourd’hui telles, qu’elles sont, les intégrant dans le projet d’Évangile que nous poursuivons. Le monde a changé. On n’est plus dans une civilisation chrétienne où l’Église encadre les consciences. Les réalités sociales sont nouvelles et nous obligent non seulement à changer de modèles mais aussi à reconnaître les possibles de Dieu dans ces nouveaux modèles. Il n’y a plus de stabilité géographique, telle la paroisse à laquelle on appartenait du berceau à la tombe. Les collectifs se sont effrités, nous sommes davantage dans l’ère des individualités. L’Église n’a plus ce label de modernité qu’elle avait autrefois. Dans le monde dans lequel nous sommes, mondialisé, c’est l’heure du pluralisme et c’est là que nous devons aller chercher les chances de l’évangile.

 

Devenir chrétien

Ce monde-là nous est donné pour y chercher Dieu et devenir chrétien. Ayons bien conscience que telle est notre perspective d’avenir. Il y a peu d’enfants catéchisés. Il nous faut donc devenir chrétiens à tous les âges de la vie, proposer l’Évangile à des personnes qui n’en ont jamais entendu parler, reconnaître la trace évangélique là où nous n’avons pas l’habitude de la reconnaître, valoriser tout ce qui, chez les habitants de ce monde, est porteur d’Évangile, y compris ces manifestations de la piété populaire qui s’appuient sur la générosité du quotidien et se traduisent en chapelets et en processions

 

Des mains et des pieds

La dimension missionnaire doit se traduire en termes concrets. Il faut que notre annonce de l’Évangile ait des mains et des pieds. Il ne suffit pas de dire les mots de l’Évangile pour l’annoncer, il faut plonger les mains dans le travail pour que l’Évangile soit identifié, le travail de proximité, le service de l’accueil du pauvre. Notre engagement ne peut plus se limiter à des territoires restreints, à l’ère des réseaux et des distances. Nos « pieds », notre mobilité, sont le signe de notre disponibilité évangélique.

C’est tout cela que nous allons approfondir, et enraciner dans le cadre de nos lieux de vie, de réflexion, de prière, de travail, d’engagement en cette nouvelle année.

Bonne année pastorale à tous.

+ Marc Stenger,

 Évêque de Troyes