La pensée sociale de l’Eglise, un trésor pour aujourd’hui

 

La doctrine sociale de l’Église dont il est question dans ce numéro d’Église dans l’Aube est assurément un thème d’actualité, car elle veut exprimer la préoccupation de l’Église pour l’homme et pour la société et il y a, nous en avons conscience, en ce moment matière à se préoccuper. Beaucoup se demandent si « doctrine sociale » est la terminologie la plus appropriée, car elle indique un corpus de principes qui constituent des réponses aux problèmes que rencontrent l’homme et la société. Le seul corpus qui éclaire vraiment notre attitude face à l’homme est l’Évangile une « bonne nouvelle » qui vient interpeller les réalités sociales, politiques, économiques, environnementales selon des valeurs fondamentales qui constituent la trame de cette bonne nouvelle et qui sont la vérité, la liberté, la justice et l’amour.

 

Enseignement social 

Pour cette raison, certains préfèrent parler d’enseignement social de l’Église. C’est une posture plus fluide que celle qui consiste à énoncer une doctrine, car l’enseignant et l’enseigné marchent ensemble, dialoguent entre eux, pour éclairer des situations, répondre à des besoins et définir des attitudes. Si l’on voulait trouver un thème fédérateur de tout ce que l’Église vise en déclinant les questions qui se posent pour l’homme et pour le monde d’aujourd’hui et en essayant de les éclairer de la lumière de l’Évangile, on pourrait évoquer celui du « bien commun ». Le « bien commun », c’est le déploiement du respect de la dignité de chaque être, donc la mise entre parenthèse de nos volontés de puissance et de domination et la reconnaissance de la valeur irremplaçable de chacun. Mais le « bien commun » ne se limite pas à une affirmation, il est aussi un objectif, un horizon d’action partagé par tous, une œuvre à réaliser ensemble, qui suppose que chacun amène ce qu’il sait faire pour le bien de l’ensemble. Ceci n’est vraiment possible que si l’on change d’état d’esprit, si l’on se convertit à l’accueil fraternel d’autrui. A une juste conception de ce qui revient à chacun, il faut associer l’amour aussi.

 

Une Église en sortie

C’est bien le sens des impulsions que le pape François veut donner à notre Église : il parle d’une « Église en sortie » qui pratique une culture de la rencontre, du dialogue et de la solidarité, qui s’oppose à la culture du « déchet » de ce qui est considéré comme inutile et sans valeur. Il apparaît donc clairement qu’il ne s’agit pas simplement de proclamer, voire d’asséner des vérités, mais de travailler à la transformation de la société. L’Église, les chrétiens ne peuvent pas se limiter à transmettre une doctrine, mais ils ont à donner un témoignage et prendre un engagement réel par lequel il est manifesté que le peuple de Dieu participe activement à l’humanisation du monde.

Cette exigence était totalement d’actualité pendant le temps du confinement, elle l’est encore davantage aujourd’hui à l’heure où il s’agit de construire. Les valeurs de vérité, de liberté, de justice et d’amour sont plus pertinentes que jamais, non pas comme des valeurs en surplomb de nos conduites, mais comme des valeurs qui habitent nos cœurs et déterminent nos actions.

 

+ Marc Stenger

Evêque de Troyes