Dieu seul fait vraiment de la « politique » : Noël 2018

 

Le message du pape François pour la Journée Mondiale de la Paix du 1er janvier 2019 a pour titre : « La politique au service de la paix ». Un thème qui résonne fort en cette période de forte agitation. Le pape rappelle que « la responsabilité politique appartient à chaque citoyen, et en particulier à ceux qui ont reçu le mandat de protéger et de gouverner ». Si la politique est l’art de penser et d’organiser le vivre-ensemble dans la société, cette affirmation implique que nul n’a le droit de se dérober aux exigences de l’engagement dans la société, que chacun est requis d’apporter à sa mesure une contribution au vivre-ensemble, et qu’en même temps nul n’a le droit d’imposer ses propres idées comme ce qui doit définir la vie sociale. Il s’agit de construire une société qui repose sur le dialogue entre ses acteurs, entre les générations et entre les cultures. L’acceptation de ce dialogue signifie qu’on reconnaît la valeur de chacun, sa capacité d’apporter une pierre à la construction de l’édifice commun, mieux encore qu’on considère que cette pierre pourra servir la qualité du vivre-ensemble. Ceci donne un sens précis à la politique. Il ne s’agit pas de lutter pour ses propres intérêts ni pour ses seules idées, mais pour que chaque homme ait droit de cité et voix au chapitre, que chaque désir légitime puisse être accueilli.

 

Un trésor qui nous est confié.

Une telle posture signifie la reconnaissance de la valeur inaliénable de toute personne humaine. L’homme, sa dignité, sa liberté, son développement, sont un trésor qui nous est confié. A nous de faire en sorte que ce trésor ne se perde pas. Nous y parviendrons si nous sommes convaincus que les droits humains de chacun ne sont pas simplement la protection d’un individu, mais participent à la sauvegarde d’un vivre en société. Les droits de chacun ne seront vraiment bien valorisés que s’ils entrent dans les exigences d’un vaste être ensemble dont les critères sont la justice pour tous, la reconnaissance de toute personne, comme être en relation, dans une relation qui appelle l’accueil mutuel et la solidarité entre tous. Faire de la politique, c’est donc s’engager pour une société, une société où les articulations entre les membres fonctionnent avec harmonie et dans une perspective de bien commun. Chacun trouvera sa dignité personnelle s’il est protagoniste d’un projet qui porte le souci de l’avenir de la vie et de la planète, des plus jeunes et des moins jeunes, dans leur soif de réalisation. Et ceci ne peut pas aller sans la confiance réciproque.

 

Un monde de dialogue, de respect et de confiance, Bonne Nouvelle pour tous.

Au moment où nous approchons de Noël, nous ne pouvons pas ne pas avoir conscience que c’est là la quintessence du message de la nuit de Bethléem : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux et sur la terre paix pour les hommes qu’il aime ». Ce message dit avec clarté et force que, dans le projet de Dieu, tous appartiennent à la même communauté d’amour et de paix avec lui. Il n’y a pas de privilégiés, les premiers destinataires de l’annonce des anges, de cette Bonne Nouvelle pour l’avenir, ont été les bergers. Dieu a voulu se rapprocher de tous, se faire l’ami de tous, des bergers, des mages venus d’Orient, des petits et des pauvres, des malades et des réprouvés, des hommes de toutes conditions en nous envoyant à tous son Fils Jésus, pour que tout homme ait la vie et la joie. A Noël, tous peuvent entendre cette merveilleuse annonce : Dieu nous partage son amour infini et nous ouvre ainsi le chemin d’un monde de paix, de joie partagée, Jésus allant jusqu’à donner sa vie pour cela. Sommes-nous prêts à aller jusque-là, nous aussi ? Les bienheureux martyrs d’Algérie sont les puissants relais de cette annonce.

On pourrait presque dire, mais ce serait irrespectueux et réducteur, que Dieu seul fait vraiment de la politique. Dieu ne fait pas de politique bien-entendu, mais pour nous les hommes, en faire doit être de travailler à bâtir un monde de dialogue, de respect et de confiance.

La meilleure façon d’accueillir le message de Noël, c’est de prendre notre part à l’avènement d’un tel monde, « Bonne Nouvelle » pour tous les hommes et toutes les générations. Je vous souhaite à tous un heureux et saint Noël.

+ Marc Stenger

Evêque de Troyes