Un Monde nouveau

 

Tout ce que vous lirez dans ce numéro de la revue l’illustre, pendant le temps du confinement nous avons été amenés à vivre beaucoup de choses difficiles. Certains s’en sont bien remis, d’autres moins bien. Quoi qu’il en soit, ce que nous avons vécu laisse des marques profondes dans notre société, dans nos communautés, dans nos familles, dans notre propre cœur.

 

Que faut-il changer ?

Aujourd’hui, il ne s’agit pas simplement de faire l’inventaire de ce qui a marqué. Il me semble qu’il y a une question plus profonde à se poser. Qu’est-ce que cet épisode nous appelle à changer dans nos façons de faire, dans notre approche du réel ?

Il ne s’agit pas simplement de regarder ce que nous pouvons mieux faire. On peut toujours faire mieux et sauf à être revenu de tout, on a toujours envie de faire mieux. L’enjeu est plus décisif : il ne s’agit pas simplement de faire mieux, il s’agit de redéfinir les contours de notre monde.

Quel monde voulons-nous construire au sortir de la pandémie ? Le pape François nous déblaie le terrain. Il nous invite à vivre à l’occasion du 5e anniversaire de l’Encyclique Laudato Si une année d’engagement pour l’écologie intégrale dans un texte intitulé « Sur le chemin du soin de la maison commune ». Ce n’est pas seulement lié à la pandémie, mais dans le monde nouveau que nous pourrions avoir envie de construire, il faudra tenir compte de la nécessité de changer, de prendre soin de la vie et de la création, de dialoguer avec l’autre, de prendre conscience du lien profond entre les problèmes du monde. Ceci nous demande de transformer nos styles de vie en profondeur.

Le christianisme a déjà de précieux outils pratiques pour cela. Pensons aux traditions monastiques qui enseignent la contemplation, la prière, le travail et le service très fortement articulés les uns sur les autres.

 

Au cœur la vie et la personne humaine

Peut-être avons-nous su pendant le confinement redécouvrir la centralité de la vie et de la personne humaine, car « on ne peut pas défendre la nature si on ne défend pas chaque être humain. » Un thème important de ce texte et qui est très lié à l’expérience du confinement, c’est l’invitation à développer la « culture du soin » de la maison commune et de ceux qui l’habitent comme antidote à la « culture du déchet. »

Ce document et cette année d’engagement que le pape nous propose, viennent à propos en cette sortie de confinement. Le texte contient un appel fort à ne pas se résigner, mais à prendre en charge une « mission passionnante. » On peut considérer cela comme une sorte de feuille de route de l’après-pandémie. Dès les premières lignes, le document nous rappelle que « le temps presse » (1Co 7, 29). Le temps d’épreuve que nous avons vécu, nous devons aujourd’hui le transformer en « un temps de choix », le temps « de choisir ce qui importe et ce qui passe, de séparer ce qui est nécessaire de ce qui ne l’est pas ». Comme dit le pape François : « C’est le temps de réorienter la route de la vie vers toi, Seigneur, et vers les autres. »

 

Non à l’indifférence

Le pape François insiste : nous n’avons pas droit à l’“indifférence”. Il s’agit d’entrer dans une perception qui relève les grands défis d’aujourd’hui, en particulier ceux qui sont issus de la pandémie, mais aussi tous les autres, environnementaux, humains, sociaux, économiques de notre temps.

Nous n’avons pas de solutions toutes faites, mais nous avons intérêt à nous mettre en marche, en cultivant le dialogue, et en pensant à un projet commun.

Ce projet c’est de construire ensemble un avenir  « qui nous voit unis pour garder la vie qui nous a été donnée et cultiver la création qui nous a été confiée par Dieu. »

Beau programme pour l’après confinement.

+ Marc Stenger

Evêque de Troyes