Projets missionnaires

 

Lors de la journée diocésaine de rentrée, où nous avions introduit la thématique « disciples missionnaires » comme la préoccupation et l’engagement de nos communautés paroissiales, de nos groupes et de nos mouvements, j’avais exprimé le souhait que chacun de ces groupes ecclésiaux définissent un projet missionnaire qui les mobilise toute l’année et qu’ils m’envoient le fruit de leur réflexion et de leur choix, pour qu’il fasse partie du patrimoine pastoral de notre diocèse en cette année 2019-2020. La plupart ont répondu à l’appel et j’ai reçu des documents qui reflètent la volonté missionnaire des communautés. Cette volonté est d’approfondir leur expérience de foi, de la transmettre à tous ceux qu’elles côtoient, de bâtir une vie ecclésiale où chacun a sa place et où les problèmes humains sont pris en compte.

Rencontrer le Christ

En lisant ces textes, apparaît bien ce qui est le cœur de la démarche de disciple missionnaire. Trop souvent on garde dans l’esprit l’image de cet aventurier qui va évangéliser les terres lointaines et y implanter la foi chrétienne. Ce n’est pas tout à fait cela aujourd’hui. Tout le monde a conscience que le Christ a besoin d’être connu et aimé d’abord chez nous, sur nos propres terres et que la première exigence de notre vie chrétienne, c’est de rencontrer nous-même le Christ, de le connaître davantage, de recevoir sa grâce de vie, les communautés ecclésiales ne sont pas là simplement pour gérer de l’acquis. Si nous voulons faire connaître Jésus-Christ au-delà de nous, il faut d’abord qu’il soit davantage chez nous, pour nous, en nous. J’ai noté la préoccupation de la catéchèse de travailler à ce que tous, nous les premiers, découvrent la présence du Christ dans ce qui fait leur vie. L’évangélisation c’est d’abord la rencontre du Christ. Comme écrit dans un des projets, nous devons assumer notre identité chrétienne, mais pour un partage avec d’autres.

Conversion permanente

Cette rencontre du Christ appelle à une conversion permanente, conversion à l’autre, volonté de l’accueillir et de le rencontrer, conversion au Christ et à la mise en œuvre de sa Bonne Nouvelle d’amour et de paix, conversion au respect et à la conscience de toute la création. Le chrétien n’est pas un simple consommateur de religieux, de catéchisme et de célébrations liturgiques.

Le Christ le bouleverse, le fait sortir de lui-même et c’est la base d’une démarche missionnaire. Les maîtres-mots de ces textes sont l’accueil, la rencontre, la visite. Accueillir, ce n’est pas simplement faire rentrer dans ce qu’on est et dans ce qu’on vit. C’est prendre la mesure de l’autre, de ce qu’il attend, de ce qu’il espère, de ce qu’il est, en particulier du plus petit et du plus pauvre. Nous avons besoin de nous convertir à sa soif de Dieu et de fraternité humaine, nous avons besoin de le reconnaître. Mais pour que cette démarche aboutisse, il faut aussi qu’il puisse faire Église. La communauté est le fondement de la mission, une communauté dynamique, accueillante et entreprenante. Être disciple missionnaire, c’est être dans une communauté porteuse d’une grande promesse, où la dynamique de rencontre n’est pas seulement épisodique, mais pérenne, où elle n’est pas sélective, mais universelle, dans la multiplicité des personnes qui constituent la société humaine. Beaucoup insistent sur une dimension importante de cette rencontre, la visite. Le Synode insistait déjà sur l’ « aller vers », mais il est bon de préciser davantage et c’est ce que font beaucoup de projets.

Visiter l’autre

Si nous voulons accueillir l’autre et partager le Christ avec lui, il faut aller chez lui et reconnaître ce qu’il vit. Alors seulement l’Église pourra prendre une nouvelle tournure. Il ne s’agira pas de faire entrer « l’étranger » dans notre structure, mais il faudra « faire corps » avec lui, c’est-à-dire lui offrir d’entrer dans un lien fraternel où pourra se déployer sa propre recherche de Dieu, sa propre rencontre du Christ. C’est tous ceux-là pour qui nous avons à être missionnaires, à leur permettre de rejoindre le Christ. C’est tous ceux qui sont absents que nous avons à rejoindre, là où ils sont, avec qui nous avons à faire un chemin d’Église. On évoque le « monde populaire », les acteurs sociaux, les hommes de la culture, les experts de l’écologie, toutes catégories dont la préoccupation sert abondamment le bien commun. Ils ne doivent pas rester des absents, des étrangers pour nous. Sommes-nous cependant capables de reconnaître la communauté de destin qui nous unit et leur part au déploiement de la Bonne Nouvelle que nous avons la charge d’annoncer ?

Appelés à sortir et à trouver

Ce qui ressort de ces textes, c’est que nous sommes tous invités à sortir. C’est en sortant que nous découvrirons que le Christ qui est « sorti » avant nous est déjà sur la route où nous sommes appelés à marcher pour être missionnaires.

Cette livraison d’Église dans l’Aube fait une grande place à nos frères Colombiens. Ils sont une belle incarnation de cet esprit de disciple missionnaire. Ils acceptent de sortir de chez eux, au sens propre du terme, pour trouver le Christ ailleurs. Évangéliser ce n’est pas seulement donner, c’est aussi trouver.

« Trouver » c’est ce que je voudrais souhaiter à notre Église en cette année 2020.

 

+ Marc Stenger

Évêque de Troyes