Notre Dame du Chêne 

8 septembre 2019

Introduction

Chers amis,

20 ans sont passés depuis mon premier pèlerinage à Notre Dame du Chêne, premier acte de mon épiscopat, alors que je venais tout juste d’être ordonné, première rencontre –sur le terrain – du peuple qui m’était confié, premier appel du Seigneur en présence de ce peuple : « Sois le berger de mon troupeau ».

Comme Marie, comme chacun de nous, le Seigneur m’a appelé ce jour-là et pendant les vingt ans qui se sont écoulés, il n’a jamais cessé de m’appeler. Comme Marie, comme chacun de nous, j’ai essayé d’écouter et de répondre au Seigneur avec confiance et disponibilité. C’est vous frères et sœurs, chrétiens de l’Aube et non-chrétiens, anciens et jeunes, hommes et femmes de partout qui avez été pour moi la voix du Seigneur. J’ai essayé, comme Marie, d’écouter cette voix, d’en entendre toutes les inflexions, conscient de ma pauvreté et de ma difficulté à y répondre. Mais c’est vous aussi qui m’avez donné du courage, le courage de servir, le courage de donner, comme je m’y étais engagé en disant oui au Seigneur.

C’est en me rappelant tout cela qu’aujourd’hui je suis heureux de dire merci avec vous et à vous pour ces vingt années de bonheur de servir. J’ai envie de dire comme Marie, le Seigneur fit pour moi des merveilles. C’est lui qui guide et qui conduit. J’ai envie de dire comme Marie : « Voici la servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon ta parole ». Lorsque le nonce apostolique m’a annoncé que le pape me nommait évêque de Troyes, ma première réaction a été l’hésitation et la crainte. Comment cela va-t-il se faire ? Aujourd’hui je rends grâce avec vous, parce qu’il m’a donné la force de dire oui et de renouveler ce oui chaque jour. Malgré les difficultés, il s’arrange pour nous faire découvrir qu’il est avec nous chaque jour et nous donne son Esprit. Au début de cette année pastorale, redisons ensemble le oui de Marie. Avec elle laissons-nous envoyer en mission pour faire connaître à tous la Bonne Nouvelle de l’amour de Dieu.

Homélie                                                                  Lc 1, 26-38

 

En ré-écoutant la Parole de Dieu de ce jour, si souvent entendue, nous pouvons constater avec quelle fidélité Dieu ne cesse de venir à la rencontre de l’humanité. Plus précisément encore, il vient à la rencontre de chacune et de chacun de nous, là où nous en sommes de notre parcours de vie, et quels que soient les chemins que nous ayons pu emprunter.

Vous savez comme moi comment bien souvent nous essayons de planifier notre vie, organiser les choses à notre façon, à notre mesure. Mais que de fois ne sommes-nous pas bousculés, le calendrier des vendanges dans la Côte des Bars en est un bel exemple. N’avons-nous pas tendance aussi à organiser nos rencontres avec Dieu ? Nous lui demandons son aide en fonction de nos désirs et de nos besoins. Mais Dieu ne se laisse pas enfermer dans nos calculs. Il vient sans cesse nous surprendre. L’Evangile de l’Annonciation en est une belle illustration. A Marie il se manifeste dans un inattendu qui vient la déconcerter, la bousculer complètement.

Mais Marie comprend aussi dans son cœur que ce qui lui arrive n’est pas une totale surprise. Il faut mettre ce passage d’Evangile en lien avec celui qui suit dans le récit de Luc, celui de la Visitation et le beau texte du Magnificat. Marie comprend que le Seigneur est avec nous depuis toujours et à tout moment. Certes il nous surprend, mais il ne cesse d’agir, d’être présent, d’être proche, de faire pour nous ses merveilles. Son amour et sa fidélité donnent un vrai sens à notre histoire et ne cessent d’ouvrir des chemins nouveaux pour une authentique espérance. Les jeunes que je rencontre m’interrogent souvent sur ce qui a fait que je suis devenu prêtre. Et j’essaie de leur expliquer qu’à un moment donné de ma vie, j’ai été amené à me poser la question : quel sens je veux donner à ma vie ? Il ne s’agissait pas seulement de choisir un métier. J’ai compris qu’il s’agissait d’inscrire ma vie dans une trace, dans un projet qui n’était pas seulement le mien mais aussi et d’abord celui du Seigneur, un projet de don de soi et de service. Dans ce moment de cet appel j’ai perçu que Dieu était tout proche, qu’il m’invitait à une relation d’Alliance. Cette expérience, la plupart d’entre nous pourrait en témoigner aussi. Marie la première a compris à travers la salutation de l’ange que dans ce moment Dieu était avec elle, se donnant à elle et qu’elle était invitée à découvrir en lui le bonheur de se donner et de participer à la fécondité de l’amour de Dieu.

Ce que nous enseigne cet Evangile, c’est que Dieu ne cesse de nous associer à son œuvre. Nous n’en avons pas toujours conscience, nous nous en jugeons parfois indignes, mais c’est pourtant le cas. L’irruption de l’ange Gabriel, est le premier grand signe de la volonté d’alliance de Dieu. En venant en notre chair, Jésus nous révèle que toute chair, de quelque âge et condition qu’elle soit, peut être sacrement de la présence de Dieu.

L’Evangile de l’Annonciation ne peut que nous étonner et nous émerveiller. Alors que nous avons conscience de nos limites et de nos incapacités, alors que nous sommes parfois confrontés à la stérilité dans nos actions et dans nos engagements, voilà une Parole qui nous invite à relever la tête. A la suite de la jeune fille de Nazareth, il nous faut tourner notre regard et notre cœur vers ce Dieu qui ne cesse de venir à notre rencontre de mille manières et nous offrir simplement à lui. Après avoir dit : « Comment cela va-t-il se faire ? », n’oublions pas de conclure : « Que tout m’advienne selon ta parole ». C’est au cœur de ce dialogue de confiance que nous découvrons notre vocation personnelle : participer dans notre propre chair au mystère de l’amour de Dieu. Pour nous, le vrai défi est là : permettre à l’amour de Dieu d’advenir dans notre temps, dans notre culture, dans notre vie, à travers notre propre humanité.

C’est le défi de l’année qui s’ouvre. Pendant toute l’année pastorale, et aujourd’hui encore avec Marie nous avons voulu être attentifs aux appels que le Seigneur nous adresse. Cette année qui s’ouvre est une histoire nouvelle dont nous avons à être les pionniers, les prophètes et les missionnaires. Avec joie et espérance nous voulons proclamer la présence de Dieu au cœur de notre histoire, dans nos vies personnelles et dans nos communautés. Puisque rien n’est impossible à Dieu, n’hésitons pas à nous mettre en route et à trouver notre joie à servir l’amour et à répandre la Bonne Nouvelle.

 

+Marc STENGER

Evêque de Troyes