Homélie de Mgr Marc Stenger

Messe chrismale 2019

Saint André les Vergers

16 avril 2019

 

Introduction

 

La messe chrismale, chaque année, représente un symbole fort, celui de l’unité de la communauté diocésaine autour de son évêque. Si les huiles saintes sont bénies à ce moment-là, c’est parce que nous disons ensemble alors, peuple des baptisés et ministres ordonnés, notre volonté de poursuivre l’œuvre missionnaire du Christ dont ces huiles sont les instruments.

C’est également au cours de cet office que les prêtres, les diacres et l’évêque renouvellent l’engagement pris au moment de leur ordination. C’est la raison pour laquelle les prêtres du diocèse s’y retrouvent et concélèbrent autour de leur évêque, tous vêtus de la couleur liturgique blanche –exception au cours du Carême- qui évoque la joie, la pureté et la gloire de Dieu, quelles que soient les faiblesses de ces ministres.

Tout le presbyterium et les fidèles sont invités à cette célébration qui manifeste l’unité de la communauté diocésaine autour de l’évêque. Si chaque messe est « la messe du peuple de Dieu », celle-ci l’est par excellence car toutes les composantes géographiques et humaines du peuple de Dieu y sont représentées. Tous les baptisés se donnent le moyen de ce sacrement, pour pouvoir signifier ce qui va se passer dans les jours Saints que nous allons vivre, le mystère pascal dont nous sommes tous rendus participants par notre baptême.

Pour y entrer plus avant, reconnaissons notre faiblesse et notre péché.

 

Homélie                                                          Lc 4, 16-21

 

Dans ce passage d’Evangile que nous relisons chaque année au moment de la messe chrismale, Jésus nous donne en quelque sorte une fois de plus son projet missionnaire. Il veut que nos vies individuelles et nos sociétés soient transformées selon les valeurs qui sont dans le cœur de Dieu. Que la volonté de Dieu se fasse sur terre comme elle se fait dans le ciel. C’est un royaume qu’il inaugure et qui demande notre collaboration à tous prêtres, diacres, évêque, peuple de Dieu tout entier. Il s’agit de chercher le Royaume, d’entrer à la suite de Jésus dans un chemin de transformation des cœurs et des sociétés. Ce n’est pas seulement un projet de Carême. Nous sommes ainsi fait, notre société est ainsi faite que ce doit être un projet permanent de notre engagement de chrétien. Nous vivons en disciples du Christ en étant constamment en chemin vers un Royaume qui ne s’accomplit que dans l’aujourd’hui du Christ toujours à rejoindre dans la temporalité problématique de l’homme et du monde.

Pour bien entendre cette parole de Jésus, on peut la rapprocher d’une autre en Luc 6, 22-23 : « Allez rapporter à Jean ce que vous avez vu et entendu : les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont guéris, les sourds entendent, les morts ressuscitent, la bonne nouvelle est annoncée aux pauvres, et heureux celui pour qui je ne serai pas une occasion de chute ».

Jésus montre quel changement est déjà à l’œuvre, comment déjà s’accomplit la prophétie d’Isaïe. Mais il ne s’agit pas simplement de le constater. Nos yeux sont souvent mieux exercés pour constater le contraire de cela ou ne rien constater du tout. Ce que fait Jésus, c’est qu’il nous appelle et nous associe à son œuvre pour qu’il y ait dans notre monde moins de mensonge et plus de vérité – les aveugles voient – qu’il y ait plus de liberté pour que chacun puisse marcher librement – les boiteux marchent – qu’il y ait un accès à la santé du corps et de l’âme, les plus large possible – même les lépreux seront guéris -, que nous entendions que Dieu nous aime et que nous le fassions entendre à ceux qui ne le savent pas – les sourds entendent – pour que nous travaillions à ce que la vie soit plus forte que tout, pour que nous combattions toute injustice qui écrase les gens – autrement dit pour que les morts ressuscitent. Jésus a commencé ce règne. Les envoyés de Jean ont pu le constater. Mais il a besoins de nous pour le continuer.

Mais pour cela il y a une porte d’entrée. Il faut d’abord que nous nous accueillions comme pauvres, que nous reconnaissions ce qui nous rend captifs, que nous prenions conscience de nos aveuglements et de ce qui nous opprime. Par la consécration des Saintes Huiles la messe chrismale devient en quelque sorte ce moment où nous préparons les instruments de cette prise de conscience des étapes nécessaires de notre vie avec le Christ, de notre engagement chrétien, les instruments qui accompagnent notre naissance ou notre renaissance de baptisés. Avec tout ce qui nous emprisonne, nous aveugle et nous opprime, nous n’aurons alors plus qu’à aller vers le Christ, le regarder lui, avoir les yeux fixés sur lui, écouter sa parole, pour que sa contagion de santé, de liberté, de vérité, nous atteigne au plus profond de nous-même. Mais pour guérir il faut nous savoir malades, petits, pauvres, vulnérables. Si nous n’en avons pas conscience, il n’y a pas de place pour lui, nous occupons tout l’espace de nos vies. Mais si nous en avons conscience, il y a de la place pour que son projet de vie se déploie en nous et se réalise par nous. Finalement ressusciter c’est prendre ce chemin à la croisée de nos chemins.

Laissons donc cet appel nous rejoindre et laissons-le faire son œuvre en nous.

 

+Marc STENGER

Evêque de Troyes