Dans son message pour la 104ème journée mondiale du migrant et du réfugié (14 janvier 2018), le Pape François considère que la sollicitude de l’Eglise et de chacun d’entre nous devrait se décliner en quatre attitudes essentielles, réponse commune que nous voudrions apporter aux défis posés par les migrations contemporaines : il s’agit pour nous d’accueillir ces hommes, ces femmes, ces familles qui arrivent d’ailleurs, il s’agit de les protéger, de les promouvoir et de les intégrer. Ces quatre déclinaisons constituent la quintessence de l’hospitalité dont nous sommes redevables, comme chrétiens, à ces migrants et à ces réfugiés qui frappent à notre porte.

Nous sommes aussi des migrants

Mais on peut dire, en ce commencement de l’année 2018, qu’elles sont aussi l’expression du contenu que devraient avoir les relations qui nous lient les uns aux autres dans la communauté humaine et dans la communauté chrétienne.

Accueillir, c’est ouvrir et non pas simplement entrouvrir la porte à l’autre. Ouvrir la porte à l’autre nous empêche de sombrer dans un repli qui paralyse, qui limite et sclérose notre cœur et notre univers. C’est nous laisser bouleverser par l’autre et avancer avec lui vers plus de lumière et de vie.

Protéger, c’est aller à la rencontre de la faiblesse de l’autre pour lui éviter ce qui pourrait le mettre en péril. Tous nous sommes environnés de faiblesse, de fragilité, de pauvreté. Tous nous sommes d’ailleurs nous-mêmes faibles, fragiles et pauvres. Quelles que soient nos propres fragilités, avons-nous conscience de notre responsabilité à l’égard de ceux qui nous entourent et ont du mal à trouver le chemin de l’accomplissement d’eux-mêmes ? Nos forces ont vocation à être à la disposition des faiblesses de nos frères pour permettre que celles-ci ne les privent pas de vivre.

Promouvoir, c’est donner de l’importance à l’autre, c’est valoriser ce qu’il est, ce qu’il porte, ce qui veut dire le reconnaître, l’apprécier, souligner son prix. Le plus dramatique, c’est qu’à force de ne rien valoir aux yeux des hommes, certains en arrivent à penser qu’ils ne valent rien aux yeux de Dieu. Promouvoir, c’est les détromper pour que retrouvant leur valeur aux yeux de Dieu, ils retrouvent confiance en eux-mêmes.

Intégrer, c’est faire place à l’autre dans notre communauté d’hommes et de chrétiens, c’est ne pas le laisser à l’écart de notre vie. S’il reste à l’écart, il n’aura plus d’importance pour l’autre. Or nous sommes comptables de l’importance de chaque créature de Dieu.

Les migrants sont aussi nos frères

Ces attitudes ne doivent pas être seulement au fondement de notre relation avec les migrants et les réfugiés, mais elles sont aussi l’écriture de notre relation à l’égard de tous nos frères humains, y compris les plus marginaux. Ces attitudes, c’est ce qui constitue une communauté où aucune diversité ne reste à l’écart, où chacun de nos frères a du prix à nos yeux, où nous nous sentons responsables du destin de tous, où éclatent donc les frontières de nos replis, de notre égoïsme, de notre égocentrisme, de nos postures auto-référentielles. Tout compte fait dans notre vie, nous sommes tous des migrants, des réfugiés, et nous avons besoin d’avoir sur notre route des frères qui nous accueillent. Comment bien comprendre et bien accueillir nos frères migrants et réfugiés si nous n’avons pas conscience d’être nous-mêmes des frères, à la recherche d’un lieu d’accomplissement ? Alors nous ne les recevrons plus comme une catégorie à part, vis-à-vis de laquelle on développe tous les sentiments contrastés qui nous habitent. Au contraire ils doivent nous aider à jeter un regard sur ceux qui nous entourent et sur nous-mêmes.

En souhaitant une bonne année à chacun, en proposant à tous pour cette année le programme d’un être avec les autres vraiment fraternel, je voudrais exprimer des vœux pour que ces attitudes soient la marque de nos communautés, en sorte qu’on puisse dire en les regardant vivre : « Voyez comme ils s’aiment ». Merci au pape François de nous avoir donné les mots pour le dire et aussi pour le faire.

A tous donc bonne année !


Cet article est extrait de la revue « Eglise dans l’Aube » n° 1 de janvier 2018
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