Pour un Avent prophétique

 

Dans quelques jours, le 28 novembre, nous allons entrer dans le temps de l’Avent, temps d’attente, temps où nous sommes invités à laisser se creuser en nous le désir d’accueillir le Christ.

Plusieurs événements vont marquer ce temps de l’Avent.

Tout d’abord la mise en œuvre de la nouvelle traduction du missel romain, le missel que nous utilisons pour la célébration de la messe. Des évolutions qu’il va nous falloir apprivoiser. Mais surtout des évolutions qui doivent nous aider à approfondir ce que nous vivons dans l’eucharistie. Le dossier de cette revue y est consacré.

Second événement, l’entrée pour nous dans la démarche du synode des évêques : « pour une église synodale, communion, participation et mission », avec la phase de consultation dans les diocèses.

Entrer en synode, avancer ensemble. Les diverses communautés du diocèse ont reçu des éléments pour animer cette démarche. Nous voulons nous demander comment ce« marcher ensemble » se réalise-t-il aujourd’hui dans notre diocèse, notre paroisse, notre service, notre mouvement ? Quels pas l’Esprit nous invite-t-il à accomplir pour grandir dans notre « marcher ensemble. »

Ce temps de l’Avent va aussi être marqué par la suite de la publication du rapport de la CIASE (commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église). Certains auraient voulu des réactions et des décisions immédiates. Face à l’ampleur de ce qui a été révélé, j’avoue avoir eu besoin de temps pour prendre pleinement conscience de cette réalité, que je connaissais pourtant. Des témoignages de faits survenus dans l’Aube, ainsi que ce que l’on m’a dit de la réaction des autorités ecclésiales de l’époque, ont provoqué en moi du dégoût.

 

Il s’est passé quelque chose d’essentiel pendant la rencontre des évêques à Lourdes. Sous le regard de l’Esprit Saint, nous avons pris le temps de la prière, de lire des éléments du rapport de la CIASE, d’écouter des victimes, de travailler avec d’autres chrétiens (ils étaient une centaine à nous avoir rejoint).

Cela nous a conduit à une reconnaissance franche et massive de la responsabilité institutionnelle de l’Église dans les violences subies par les personnes victimes d’abus sexuels, de la dimension systémique de ces violences, et du devoir de justice et de réparation qui en découlait. Le temps pénitentiel qui s’est ensuite vécu devant la basilique du rosaire, avec la lecture du psaume 21, m’a profondément marqué. « Ce que vous avez fait au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25, 40), « Si votre justice ne dépasse pas celle des scribes et des pharisiens, vous n’entrerez pas dans le royaume des Cieux » (Mt 5, 20) nous a dit le Christ.

Il nous faut rester humbles devant cette reconnaissance, qui a trop tardée, et travailler dès maintenant à en rendre concrète les conséquences, à faire que de tels actes ne puissent se reproduire. Ils existent encore malheureusement aujourd’hui.

Mettons tout cela au cœur de notre Avent. Préparons-nous à accueillir Dieu qui vient nous rejoindre, petit avec les petits, souffrant avec ceux qui souffrent.

Que cet Avent soit pour nous un temps où nous pourrons découvrir à frais nouveau ce qui fait vibrer le cœur de Dieu, ce qui fait que « Le Christ Jésus, ayant la condition de Dieu, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’est anéanti, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes. Reconnu homme à son aspect, il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix » (Phil 2, 5-8).

Cet accueil, ce chemin n’est pas évident. J’ai moi-même du mal à y avancer. Mais c’est le chemin sur lequel Dieu nous attend. Et c’est en avançant ensemble que nous pourrons nous rendre disponible au projet de Dieu. Au cœur de ces événements, le chemin synodal auquel nous invite le pape François me semble prophétique. Laissons-nous guider par l’Esprit Saint.

Père Jérôme Berthier

Administrateur diocésain