Concertation nationale

 

Une expression est à l’ordre du jour, la « concertation nationale ». Je voudrais mettre ces mots au cœur des vœux que je formule en ce commencement d’année, car ce sont des mots nobles, porteurs de belles promesses, riches de signification, mobilisateurs pour la recherche du bien de tous.

 

Concertation

En effet « concertation » veut dire qu’on parle ensemble, que chacun a qualité à exprimer un point de vue devant les autres. Nombreux sont ceux qui le souhaitent, qui regrettent de n’être pas écoutés ni entendus, qui souhaitent donc que leur parole compte et soit prise au sérieux, sans que ce soit uniquementàcause de la violence. Et cela est juste et légitime. Chacun doit parler, chacun doit pouvoir parler, car chacun a vocation à apporter sa pierre à l’édifice commun.

Mais, s’il est légitime qu’on puisse dire aux autres ce qu’on a à leur dire, avec le souhait que cette parole soit considérée comme une contribution nécessaire et utile, « se concerter » signifie aussi écouter ce que les autres ont à nous dire, car notre parole n’est pas la vérité ultime. Ce qui est la vérité ultime, c’est ce que nous serons capables de dire ensemble, nous étant rapprochés les uns des autres, nous étant respectés, ayant reconnu la parole de l’autre comme un cadeau qui nous est fait pour un meilleur vivre ensemble, ayant identifié ensemble un faire société harmonieux.

 

Nationale

Un deuxième mot est employé, c’est « nationale ». L’enjeu de la concertation, c’est qu’elle se situe au plan de l’avenir de la communauté et non pas de notre seul avenir. Une nation ne peut exister que si chacun, là où il est, a conscience qu’il ne parle pas seulement de lui et pour lui et que les intérêts qu’il défend ne sont pas seulement les siens, mais ceux de tous ceux qui constituent la communauté des hommes et des femmes de notre pays. Cela ne veut pas dire que la requête exprimée à partir de soi-même changera pour autant, surtout quand sa légitimité est indiscutable, mais ce qui pourra changer, c’est la conscience qu’on aura en s’exprimant de parler au nom de beaucoup et de parler de beaucoup, de leurs besoins, de leurs souffrances et de leurs aspirations.

 

Communauté

« Concertation nationale », c’est un noble dessein si cela veut dire construire une communauté où chacun est pris en compte dans son désir de vivre et dans ses peurs à exorciser.

C’est une grande responsabilité de chacun, en particulier de ceux qui exercent le pouvoir de donner droit à la parole de chacun, la valorisant comme atout pour l’avenir, et en même temps de permettre que tous puissent parler ensemble, non pas sur une mode cacophonique, mais dans une volonté de partage, de rencontre et d’avancée commune. Exercice qui ne va pas de soi, mais qui est la condition d’une « concertation nationale ».

 

Non à la haine

Lorsque les hommes se croisent, trop souvent ils sont habités par des peurs et des rejets qui conduisent à la haine de l’autre, empêchent tout lien social. C’est cette haine qui détruit tout. En ce commencement d’année, au contraire, redisons-nous toutes les raisons que nous avons de construire une « maison commune » où chacun a sa place et trouve le bonheur de vivre. Retrouvons le chemin de l’autre et montrons-lui notre estime, notre respect, notre solidarité : l’enjeu c’est de faire un monde à la hauteur du projet de Dieu qui veut que tout homme soit sauvé.

Bon vent à la « concertation nationale ». Qu’elle soit une « concertation » plus qu’une « confrontation ». Qu’elle donne les mêmes chances à tous ceux qui habitent notre terre, car là où il n’y a pas de justice, il ne peut y avoir de fraternité. N’oublions pas surtout que là où demeurent la haine et le rejet, triomphe la négation de la dignité de l’homme.

Heureuse année à tous et à chacun.

 

+ Marc Stenger

Evêque de Troyes

 

Dans cette concertation, l’Église ne doit pas être en reste d’initiatives pour faire grandir la fraternité. Elle « dispose d’un maillage de milliers de paroisses réparties sur l’ensemble de notre territoire et riches de la présence de multiples mouvements, aumôneries et associations de fidèles » qui peuvent offrir des espaces où la parole est partagée entre tous (cf. appel du Conseil permanent de la CEF du 11 décembre 2018).