Fête de la Vie Consacrée

Célébration de la Profession perpétuelle

de Sœur Jeanne Delphine

 

Samedi 2 février, Sœur Jeanne-Delphine a prononcé ses vœux perpétuels au sein de la Congrégation des Sœurs Oblates de Saint-François de Sales. Retour sur cet événement dans le diocèse de Troyes.

 

Salutation

En ce jour de la fête de la vie consacrée, je voudrais saluer tous les religieux, religieuses et consacrés de notre diocèse et en particulier Sœur Jeanne Delphine, qui par la célébration de ses vœux perpétuels en fera désormais davantage partie.

« Écoute, il t’appelle ». Vous avez tous écouté et entendu l’appel à donner votre vie à Dieu pour que se réalise sa volonté d’amour pour les hommes. Il ne vous a pas appelés une fois. Il vous appelle sans cesse. Aujourd’hui vous voulez lui dire que vous restez à son écoute et disponible pour accueillir son appel. Vous voulez le dire aussi aux jeunes qui sont ici et à ceux que vous rencontrerez, témoignant auprès d’eux que chacun est appelé et doit être à l’écoute, les aidant à découvrir que dans leur vie aussi il y a la présence de Dieu qui ne demande qu’à être accueilli.

Pour cela rendons gloire à Dieu.

Homélie                                                                        Lc 2, 22-40

C’est une grâce particulière de pouvoir célébrer la profession perpétuelle de Sœur Jeanne Delphine le jour de la fête de la vie consacrée, en cette année où dans notre Église diocésaine nous voulons tous, jeunes et moins jeunes, nous mettre à l’écoute du Seigneur et entendre l’appel qu’il adresse à chacun de nous en particulier, car c’est son appel et notre écoute qui sont le fondement de la vie de notre Église. Cet appel et notre écoute ne sont pas simplement une histoire personnelle. La fête de la vie consacrée rappelle que tous ces témoignages et tous ces engagements des consacrés sont l’œuvre de l’Esprit qui à travers eux fait connaître la présence lumineuse et aimante de notre Dieu dans le monde.

Nous fêtons aujourd’hui la présentation de Jésus au Temple. C’est une démarche rituelle qui signifie que les parents de Jésus offrent à Dieu leur fils premier-né, et font une offrande pour le racheter, pour qu’il devienne pleinement leur fils.

Cette offrande du jour de la Présentation est symbolique et ne trouvera son achèvement que dans la passion, la mort et la Résurrection du Christ, lorsque celui-ci réalisera pleinement sa mission de grand prêtre miséricordieux et fidèle, comme il est dit dans l’épitre aux Hébreux, lorsqu’il sera la lumière des nations et la gloire d’Israël. Il est venu pour cela, il n’a donc pas seulement été donné à ses parents. Il est le Messie, le Christ, l’Epoux qui vient accomplir l’alliance avec Israël, tout comme il vient aujourd’hui à notre rencontre pour faire alliance avec nous.

Mais de notre côté encore faut-il être disposé à accueillir l’Époux qui vient à notre rencontre. Dans cet Évangile, nous pouvons contempler deux personnages, Siméon et Anne, comme autant de figures de ceux qui attendent et ouvrent docilement leur cœur à la rencontre avec le Seigneur. Cette rencontre est le cœur de notre passage d’Évangile. D’ailleurs la tradition orientale appelle la fête d’aujourd’hui la fête de la Rencontre, car alors dans l’espace sacré du temple de Jérusalem se réalise la rencontre entre la bienveillance de Dieu et l’attente du peuple élu, fortement exprimée par Siméon et Anne. Cette rencontre Dieu veut qu’elle se réitère tout au long de notre histoire et un des aspects fondamentaux de la vie consacrée est précisément de rappeler à l’homme les dispositions de cœur qu’il doit entretenir pour accueillir et rencontrer celui qui est venu épouser l’humanité pour la sanctifier et la diviniser. C’est pourquoi le 2 février fête de la rencontre entre Dieu et les hommes en ce petit enfant, préliminaire de la rencontre entre l’amour de Dieu et l’attente des hommes sur la croix est devenu la fête de la vie consacrée, car la personne consacrée incarne, comme Syméon, le désir fondamental de tout homme qui est de voir Dieu, de le contempler dans le pain et représente une invitation pour chacun à vivre cette rencontre.

Et comme Anne, la personne consacrée rappelle à tout homme que c’est par la persévérance dans la prière, par le service de la charité et par le don de soi qu’il se préparera à accueillir le Seigneur dans sa vie pour se laisser transformer de l’intérieur par cette présence qui seule est capable de le combler de joie. Sœur Jeanne Delphine, si vous êtes aujourd’hui au moment de faire votre profession perpétuelle, c’est parce que vous aussi vous avez voulu voir Dieu, le rencontrer pour en vivre et que vous avez compris que c’est dans la vie religieuse que vous réaliseriez pleinement cette aspiration. Elle était dans votre cœur. La vie consacrée, c’est la découverte que Dieu est là et qu’il veut venir à notre rencontre. Et c’est faire le pas pour aller vers lui complètement, pour vous laisser transformer par lui.

La Présentation de Jésus au temple, annonce bien au-delà de ce que signifie ce rite dans la ritualité juive. Il annonce le don de Jésus par amour pour Dieu et les hommes, et l’offrande suprême de la Croix. A ce lien entre la Présentation au Temple et l’offrande de la Croix où le salut s’est accompli, la prophétie de Siméon fait référence. Là encore la vie consacrée trouve son sens. Elle veut témoigner, inspirée par le don du Christ, qu’il n’y a pas d’autre chemin à la suite de Jésus que celui du don et de l’abandon, complet, comme celui du Christ en croix. Le consacré rappelle à tout baptisé qu’être disciple du Christ passe par l’offrande totale de soi, chemin qui s’il débouche avec le Christ sur la résurrection et la vie, passe par la Croix et la mort au vieil homme en chacun d’entre nous. C’est le chemin que vous faites aujourd’hui, Sœur Jeanne Delphine, à la suite du Christ et c’est le chemin que nous voulons tous refaire aujourd’hui avec vous.

En cette fête, stimulés par l’exemple de Sœur Jeanne Delphine, nous avons l’occasion de nous laisser tous renouveler dans notre ardeur spirituelle, dans notre marche à la suite de Jésus sur le chemin du don. Prenons conscience que le secret de cette ardeur, c’est l’Eucharistie. Pourquoi l’Eucharistie est-elle importante dans la vie consacrée ? Elle actualise le don jusqu’au bout de notre Seigneur et nous permet de nous y unir chaque jour davantage par notre propre don.

Mais nous savons bien tous, consacrés par les vœux ou par le baptême, que notre cœur demeure partagé, qu’est mouvante en nous la frontière entre le don et le refus, entre l’abandon et l’inquiétude. La question pour nous tous est de trouver la lumière pour nos pas personnels et communautaires et la paix que Dieu nous demande de porter au monde.

Suivons, comme Siméon l’instinct de l’Esprit, entrons au temple, venons à la prière, recevons l’Enfant que Marie nous donne chaque jour. Quand nous l’accueillons, c’est lui qui nous conduit.

Envoi

Le don que vous faites de vous-mêmes n’est pas une abstraction. On ne se donne pas pour se donner. On se donne pour réaliser l’œuvre de salut de Dieu parmi les hommes. Ce fut la manière dont le Christ s’est donné pour réaliser la volonté de Dieu que tous les hommes soient sauvés. C’est ainsi que vous êtes appelées à vous donner.

 

+Marc STENGER, Evêque de Troyes