« Vous possédez une onction venue du Saint, et tous, vous savez. » (1 Jn 2,20)
En ce jour de la Messe chrismale, où nous bénissons les huiles qui serviront tout au long de l’année pour les sacrements, notre pensée se tourne vers ce don mystérieux et précieux que nous avons tous reçu : l’onction du Saint-Esprit. Saint Jean, dans sa première lettre, nous rappelle : « Vous possédez une onction venue du Saint, et tous, vous savez » (1 Jn 2,20). « Son onction vous enseigne tout » (1 Jn 2,27).
Cette onction, reçue au jour de notre baptême et confirmée par la confirmation, est comme un sceau divin posé sur nos cœurs. Elle nous donne de connaître Dieu, de discerner sa volonté, de vivre en enfants de lumière. Mais ce don, aussi précieux soit-il, est déposé dans des vases d’argile (2 Co 4,7) : nos vies, avec leurs fragilités, leurs doutes, leurs limites. Comment donc protéger, cultiver et déployer ce trésor pour le bien de toute l’Église ?
Saint Jean nous parle de cette onction comme d’une connaissance intérieure de Dieu, d’une intuition spirituelle qui nous permet de reconnaître la vérité de l’Évangile. « L’onction que vous avez reçue de Lui demeure en vous, et vous n’avez pas besoin qu’on vous enseigne » (1 Jn 2,27). Cette parole ne signifie pas que nous n’avons plus besoin de l’enseignement de l’Église, mais qu’au plus profond de nous, l’Esprit Saint nous donne de discerner ce qui vient de Dieu.
Les Pères de l’Église ont souvent médité ce mystère. Saint Cyrille de Jérusalem, dans ses Catéchèses mystagogiques, explique que l’onction du baptême est comme une armure spirituelle : « Après le bain du baptême, tu as été oint, devenant ainsi participant du Christ. Garde cette onction avec soin : qu’elle soit pour toi une armure invincible ! » (Catéchèse 21,3).
Saint Augustin, quant à lui, voit dans cette onction le sceau de l’Esprit qui nous configure au Christ : « L’onction est le signe sacré par lequel l’Esprit nous marque de son sceau, pour que nous appartenions à Dieu » (De Trinitate, XV, 26).
Cette onction est liée au sensus fidei, au flair du peuple de Dieu, ce sens de la foi que possède tout baptisé : « Grâce à l’onction de l’Esprit Saint reçue au baptême, tous les croyants possèdent un instinct pour la vérité de l’Évangile, appelé sensus fidei. Il s’agit d’une connaturalité avec les réalités divines, fondée sur le fait que, dans l’Esprit Saint, les baptisés sont rendus participants de la nature divine » (CTI, §22).
Ce don n’est pas réservé aux théologiens ou aux clercs : chaque fidèle, par son baptême, participe à la mission prophétique du Christ. « Le peuple saint de Dieu ne peut errer dans la foi », nous dit le concile Vatican II (Lumen Gentium, 12). Mais ce sensus fidei doit être cultivé, protégé et exercé en communion avec l’Église, sous la guidance des pasteurs.
« Nous portons ce trésor dans des vases d’argile » (2 Co 4,7). Cette image de saint Paul nous rappelle que l’onction que nous avons reçue est à la fois un don et une responsabilité.
Comme le parfum précieux versé par Marie à Béthanie (Jn 12,3), l’onction que nous avons reçue doit être chérie et protégée. Benoît XVI, dans une homélie pour la Messe chrismale, soulignait que : « Le prêtre – et chaque baptisé – doit veiller à ne pas laisser se tarir en lui la source de l’onction. Il doit prier sans cesse : “Reste avec nous, Seigneur !” (Lc 24,29). Sans la présence du Christ, notre onction s’éteint » (Homélie pour la Messe chrismale, 9 avril 2009).
Comment protéger ce don ? Par la prière : « Demandez, et l’on vous donnera » (Mt 7,7). La prière est le souffle qui maintient vivante l’onction en nous. Par la vie sacramentelle : « Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi en lui » (Jn 6,56). L’Eucharistie et la Réconciliation sont les lieux où l’onction se renouvelle. Par l’enseignement et la vie de l’Église : « Garde le dépôt de la foi » (2 Tm 1,14). Le catéchisme, les écrits des Pères, le magistère nous aident à discerner ce qui est conforme à l’Évangile, le discernement communautaire sous la conduite de l’Esprit Saint.
Cultiver ce don. L’onction n’est pas un don statique : elle doit grandir en nous, comme une graine qui germe. Benoît XVI insistait sur la nécessité de former notre sensus fidei : « Le sensus fidei doit être éduqué, purifié, affiné. Il ne s’agit pas d’un sentiment subjectif, mais d’une capacité à reconnaître la voix de l’Esprit dans la communion de l’Église » (Audience générale, 26 octobre 2011).
Comment cultiver ce don ? Par l’écoute de la Parole : « Ta parole est une lampe à mes pieds » (Ps 119,105). La lectio divina est un moyen privilégié. Par la vie fraternelle : « Là où deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux » (Mt 18,20). La communion avec les autres fidèles nourrit notre onction. Par l’engagement missionnaire : « Allez dans le monde entier, proclamez l’Évangile » (Mc 16,15). Plus nous donnons, plus l’onction se multiplie en nous.
À Béthanie, Marie verse un parfum précieux sur les pieds de Jésus (Jn 12,3). Ce geste prophétique annonce que l’onction que nous avons reçue n’est pas pour nous seuls, mais pour le monde. « La maison fut remplie du parfum de l’onction » (Jn 12,3). De même, notre vie chrétienne doit répandre autour d’elle le parfum du Christ.
Benoît XVI commentait ainsi ce passage : « Le parfum de Béthanie est le symbole de l’amour qui se donne sans compter. Chaque chrétien est appelé à être ce parfum pour le monde, à faire sentir autour de lui la présence du Christ » (Homélie pour la Messe chrismale, 5 avril 2012).
L’onction que nous avons reçue est un envoi en mission. « L’Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu’il m’a consacré par l’onction » (Lc 4,18). Comme le Christ, nous sommes oints pour annoncer la Bonne Nouvelle.
« Le sensus fidei n’est pas une réalité passive, mais une force active qui pousse les fidèles à témoigner de leur foi et à participer à la mission de l’Église » (CTI §22).
Comment déployer ce don ? En vivant la charité : « À ceci tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres » (Jn 13,35). En servant les plus pauvres : « Tout ce que vous avez fait à l’un de ces petits, c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25,40). En participant à la vie de l’Église : « Que vos lumières brillent devant les hommes » (Mt 5,16).
L’onction que nous avons reçue est un trésor inestimable, mais aussi une responsabilité. Elle nous donne de connaître Dieu, de vivre en enfants de lumière, et d’être des témoins du Christ dans le monde.
Comme les saints qui nous ont précédés, cultivons ce don par la prière, les sacrements et la vie fraternelle. Protégeons-le des tentations de l’individualisme ou de la tiédeur. Et surtout, laissons-le se déployer, comme le parfum de Béthanie, pour que le monde reconnaisse en nous la présence du Christ.
« Que le parfum de votre vie, chers frères et sœurs, soit celui du Christ ! » (Benoît XVI, Homélie pour la Messe chrismale, 2012).
« Vous possédez une onction venue du Saint, et tous, vous savez » (1 Jn 2,20.27). « Le prêtre doit veiller à ne pas laisser se tarir en lui la source de l’onction » (Benoît XVI, Messe chrismale 2009). « Le parfum de Béthanie est le symbole de l’amour qui se donne sans compter » (Benoît XVI, Messe chrismale 2012).
« Garde cette onction avec soin : qu’elle soit pour toi une armure invincible ! » (Saint Cyrille de Jérusalem, Catéchèse 21,3).
« L’onction est le signe sacré par lequel l’Esprit nous marque de son sceau » (Saint Augustin, De Trinitate, XV, 26).















