« Ils ne savaient pas encore que Jésus devait ressusciter d’entre les morts » (Jn 20, 9)

L’Évangile ne nous raconte pas la Résurrection : il nous montre ses effets : un tombeau ouvert, des linges roulés, des disciples qui courent, une foi qui naît dans l’obscurité. « Ils ne savaient pas encore… » – et pourtant, quelque chose a déjà changé. Jean, en voyant, « croit ». Non pas qu’il ait tout compris : il a osé entrer dans le mystère. La Résurrection n’est pas d’abord un événement à raconter, mais une expérience qui nous transforme. Elle n’est pas derrière nous, dans l’histoire, mais devant nous, dans notre vie.

Marie-Madeleine arrive la première. « On a enlevé le Seigneur ! » Elle croit encore à un vol, à une violence de plus. « Marie-Madeleine ne comprend pas encore la grandeur du mystère : elle cherche un cadavre, mais elle va rencontrer le Vivant. Ce qu’elle prend pour un vol est en réalité la victoire sur la mort » (saint Jean Chrysostome), elle ne comprend pas encore que la Résurrection est une rupture dans l’ordre du monde. Le tombeau ouvert n’est pas une absence, mais une présence autre. « Le Christ n’est plus là où on l’avait mis » – ni dans la mort, ni dans nos attentes, ni dans nos schémas.

Pour nous aussi, la Résurrection commence quand nous acceptons que Dieu ne se laisse pas enfermer : ni dans nos échecs (« C’est fini, tout est perdu »), ni dans nos certitudes (« Je sais où est Dieu »), ni dans nos peurs (« Je n’ose pas y croire »).

Le tombeau vide est le premier signe de l’Église : « Le tombeau vide et les linges posés là sont les premiers signes de la foi de l’Église : ils montrent que le Christ n’est plus retenu par la mort, et que sa présence est désormais autre » (saint Grégoire le Grand), une communauté qui annonce que le Christ est vivant, même quand tout semble mort.

Pierre et Jean « courent ». L’amour est plus rapide que la raison : « Jean, parce qu’il aimait davantage, arriva le premier au tombeau ; mais il n’osa pas entrer avant Pierre, car l’autorité de l’Église doit précéder même l’ardeur de l’amour » (saint Grégoire le Grand). Jean arrive le premier, mais n’entre pas. Il attend Pierre, symbole de l’Église : « Jean, bien qu’arrivé le premier, attend Pierre pour entrer dans le tombeau, car l’Église doit être fondée sur l’autorité des apôtres, même si la charité de certains précède leur ministère » (saint Bède le Vénérable). Puis, il entre, « il voit, et il croit ».  C’est comme s’il y avait deux manières de croire. Pierre : « Il voit les linges, mais ne comprend pas encore ». Il a besoin de temps, de vérification. La foi n’est pas l’absence de doute, mais le courage d’avancer malgré lui. Jean : « Il voit et croit », il croit parce qu’il aime : « Il ne vit pas encore le corps du Seigneur, mais il crut parce que son cœur était déjà rempli d’amour. La charité précède la foi, et la foi perfectionne la charité » (saint Augustin). Sa foi naît d’un regard intérieur.

Et nous ? Sommes-nous comme Pierre, qui a besoin de preuves, de signes, de certitudes ? Ou comme Jean, qui croit parce qu’il a déjà rencontré le Christ et que son cœur le reconnaît, même dans l’absence ? Ou comme Marie-Madeleine, qui cherche désespérément, mais ne voit pas encore ?

La Résurrection ne se prouve pas, elle se vit. Elle commence quand nous osons entrer dans le mystère, même si nous ne comprenons pas tout.

« Ils ne savaient pas encore… » – et pourtant, leur vie est déjà changée. « La Résurrection n’est pas une doctrine parmi d’autres, mais la force qui transforme le monde et les cœurs. Elle est le fondement de notre espérance et de notre combat » (saint Grégoire de Nazianze). Concrètement, cela signifie que nos échecs ne sont plus des fins, mais des passages. Le Christ est passé par la mort pour nous ouvrir un chemin : « Le Christ, en passant par la mort, a ouvert aux croyants le chemin de la vie éternelle, et ce qui semblait une défaite est devenu le triomphe de notre salut » (saint Léon le Grand). Nos peurs ne sont plus des prisons, mais des appels à la confiance. « La paix du Christ n’est pas l’absence de guerre, mais la tranquillité de l’ordre, où tout est soumis à Dieu » (saint Augustin), la certitude que Dieu est présent. Nos divisions ne sont plus des murs, mais des défis à surmonter. « La Résurrection nous envoie construire une paix désarmée et désarmante » (cf. Pape Léon XIV).

« La paix désarmée » : une paix qui refuse la logique de la violence, qui ne compte pas sur les armes, mais sur la force de l’Évangile. « La paix désarmante » : une paix qui touche les cœurs, qui transforme les ennemis en frères. « La paix véritable ne s’obtient pas par les armes, mais par le dialogue, le pardon et le don de soi. Le Christ ressuscité est présent là où les hommes choisissent la réconciliation plutôt que la vengeance » (Pape Léon XIV, Message pour la journée de la paix 2026).

Trois appels. Tout d’abord, oser entrer dans le tombeau vide. Ne restons pas dehors, comme Jean au début. Entrons, même si nous ne voyons pas encore. « Le tombeau vide nous invite à chercher le Vivant non parmi les morts, mais parmi les vivants. Il est là où l’on partage le pain, où l’on pardonne, où l’on aime » (Pape François). Où est-il vivant aujourd’hui ? Dans les pauvres, qui attendent une main tendue. Dans les malades, qui ont soif de présence. Dans les conflits, où la réconciliation semble impossible. Dans telle ou telle situation bloquée.

Ensuite, osons croire sans tout comprendre. Jean croit sans avoir vu le Christ. Il croit parce qu’il aime. La foi n’est pas une équation à résoudre, mais une relation à vivre. Comment vivre cela ? En priant comme si le Christ était présent, car il l’est. En agissant comme si l’amour était plus fort que la haine, car il l’est. En espérant comme si la vie était plus forte que la mort, car elle l’est.

Enfin devenons témoins d’une paix désarmée. La Résurrection nous envoie annoncer que la dernière parole n’appartient pas à la violence, mais à l’amour. « Une paix désarmée » : qui refuse les armes de la division. « Une paix désarmante » : qui touche les cœurs et change les ennemis en frères. « Le Christ ressuscité est présent là où l’on ose perdre quelque chose de soi-même pour faire place à l’autre » (Pape Léon XIV). Cela vaut dans les grands conflits du monde (guerres, migrations, injustices), dans nos vies locales (famille, paroisse, travail), dans nos cœurs (pardon, réconciliation, accueil).

« Ils s’en retournèrent chez eux » (Jn 20, 10) – mais ils ne sont plus les mêmes. La Résurrection est le début d’une vie nouvelle. Osons entrer dans les lieux de notre vie où nous croyons que « tout est fini » (un échec, une relation brisée, une peur). « Le Christ y est déjà ». Croyons sans tout comprendre, en nous appuyant sur l’amour plutôt que sur les preuves. Devenons des artisans de paix là où nous sommes, par un geste de réconciliation, un mot d’espérance, un choix de non-violence, en croyant que le dialogue permettra d’écouter les besoins et les peurs de l’autre, ouvrir un chemin où la paix redevient possible, une paix qui aura été éprouvée par le mystère pascal pour ouvrir à la vie.

« Le Christ est ressuscité ! » – et cette nouvelle vie commence aujourd’hui, ici, en nous.

Amen.

+ Alexandre, évêque de Troyes

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