« Je suis le gardien de mon frère »
C’est grâce à une sculpture de Shelomo SELINGER inaugurée à Tremblay-en-France à l’angle du carré juif et du carré musulman que j’ai retrouvé Yves ABERT perdu de vue quelques années et que nous avions connu en 1967 à Aulnay-sous-Bois, où nous avions posé nos valises pour terminer nos études à Paris. A l’occasion de la messe de minuit et du chocolat chaud partagé ensuite, nous avons fait sa connaissance et construis une longue amitié.
A Aulnay, Yves était prêtre ouvrier, couvreur et conciliait sa vie professionnelle, ses responsabilités pastorales avec son confrère. Ses engagements étaient nombreux et son ouverture très grande. Il entraînait les jeunes de la cité du foyer laïque d’éducation populaire. Il ouvrait les sous-sols de sa chapelle conçue selon l’architecture des années 1960. Nous y avions aussi avec d’autres amis et jeunes cadres du secteur une halte-garderie pour libérer les parents assistants aux offices. Il était dans sa vie professionnelle engagé à la CGT pour être en solidarité avec les ouvriers des chantiers même si sa sensibilité naturelle l’aurait plutôt orienté vers la CFDT. Les vendeurs de Témoignage Chrétien et de l’Humanité cohabitaient en bonne concurrence sur le marché en face de l’église. Et les partages de repas improvisés confortaient nos actions solidaires.
Nous nous étions perdus de vue pendant quelques années avant notre venue dans l’Aube et ses autres affectations. Un lien avec notre département existait cependant puisqu’il faisait du deltaplane dans les environs de Bar-sur-Aube. Libéré de ses responsabilités pastorales à 75 ans, grâce à Marc STENGER toujours à l’affut d’une responsabilité de qualité, il a accepté de prendre en charge une paroisse en secteur rural à Marcilly-le-Hayer. Ce qui était un défi compte-tenu de ses habitudes urbaines. Il a impressionné dès le deuxième jour les habitants du lieu qui l’ont vu réparer le toit du presbytère. Et il a su avec son humilité et sa discrétion habituelle créer des liens positifs pour l’exercice d’un ministère nouveau.
Nous devions nous retrouver le 22 mai à Palis pour la soirée autour du poète-écrivain Jean GROSJEAN dont il m’avait fait connaître l’association peu de temps après son arrivée. Nous devions aussi rencontrer les Amis de Paul FELLER pour remettre des outils originaux destinés à la Maison de l’Outil et de la Pensée Ouvrière.
Il nous manque déjà en ce 19 mai, jour de la Sainte Yves.
Je suis sûre que là où il est, il saura réparer le toit du monde pour faire de notre terre un monde meilleur.
Troyes, le 19 mai 2026
Marie-Françoise BONICEL