Être hors du monde et dans le monde

Sont-ils étonnants ces hommes et ces femmes auxquels cette revue « Bonne Nouvelle » consacre quelques articles. Vêtus de leur « habit », voiles pour elles, capuchons pour eux, marqueurs de leur consécration à Dieu, tout de sobriété, image d’humilité dans un monde où le paraître et l’avoir prennent le pas sur l’être.

 

Sont-ils et sont-elles encore de notre temps et de ce monde ? Ont-ils encore toute leur place dans notre société marquée par l’extravagance et l’éphémère ? Passé les portes d’entrée des monastères, difficile de ne pas être saisi par une forme de sérénité, comme une incursion sur un îlot de paix et de recueillement. Rien ne vient perturber le silence, si ce n’est le chant des oiseaux. Ici, personne ne court, personne ne parle fort, personne ne parle d’ailleurs pour ne rien dire. Le temps se serait-il arrêté ? Cela explique – au monastère bénédictin Notre-Dame-de-la-Sainte-Espérance ou au sein du monastère de la Visitation – cette impression d’une vie hors du temps ?

 

Et puis non. Ce serait une erreur de céder aux premières impressions. Car derrière cette image d’Épinal, celle de moines et de religieuses plus ou moins enfermés, se révèlent en réalité des hommes et des femmes vivant au cœur de notre temps. Bien entendu au cœur du monde par leur prière pour l’ensemble des âmes. Mais aussi par un travail incessant, qu’il s’agisse de création artisanale, d’accueil de pèlerins, d’édition de livres, de conservation d’une extraordinaire bibliothèque…

 

Alors enfermés ces hommes et ces femmes ? Certainement pas. Moins que certaines personnes retenues dans une autre forme de clôture, enfermées sans même en avoir conscience dans leurs égoïsmes et leurs certitudes. Enfermées derrière des murs d’intolérance qu’elles ont elles-mêmes édifiés.

 

Alors enfermés ces hommes et ces femmes ? Non, seulement réunis dans un lieu de paix et d’amour, loin de rien ni de personne.

 

Jean-François Laville